Auteur d’un excellent Stroke of Luck en 1997, entre autres sorties pop-rock de choix, Bly s’est récemment reformé. Retour sur le parcours du groupe…

1. Bly vient de Lens, si je ne m’abuse. Comment en êtes-vous venus à former le groupe, en pleine période « rock à guitares » par chez nous et ailleurs ?

Bonjour. Oui, BLY vient de Lens, du pays des mineurs, des montagnes noires et du football. Plus précisément de sa proche banlieue; Courrières, Hénin Beaumont, Harnes. C’est d’ailleurs à Courrières, au Penalty (le QG), que le groupe s’est rencontré. La décision de former Bly a quand à elle été prise à Lille, lors d’un concert à L’Aéronef. Mais on ne parlera pas de Lille et de son football ici ^^

BLY : RV (Hervé) Guitare, Dave (David) Batterie, Nico Basse, Fred Backing, percus, samples et Mike (Michel pour les vieux) Guitare Voix.

Lens c’est notre symbole, nos racines ! On pourrait faire, sans trop exagérer, un parallèle avec la scène du nord de l’Angleterre. De Manchester (Madchester), des Happy Mondays, des Stones Roses, etc… à notre niveau évidemment…

Nos héros jouaient sur des guitares, avec des tambourins ! A ce moment là, il y avait un croisement entre la scène punk-rock Anglaise (The Fall…, plus tard Joy Division) et la nouvelle vague venue de l’Hacienda, plus électro, plus pop comme New Order, déjà presque acid… Malgré tout, notre musique n’a jamais vraiment ressemblé à cette vague, nous lorgnons plus (de l’avis de tous), du coté des Etats-Unis…

2. Quel était « l’état » de la scène lensoise (et alentours) à ce moment là ? Plus de 20 ans après l’avènement de Bly, quel regard portez-vous sur le vivier de groupes et structures locales et régionales ? Et sur Bly lui-même ?

Il n’y avait pas à cette époque de concerts dans « le coin ». Il fallait « monter » en ville, à l’Aéronef, dans la grande métropole du nord… Quelques MJC, salles de gestions communales avec une programmation limitée. La seule culture locale était le football et son temple Bollaert, ou des familles entières de trois générations partaient en nombre le week-end comme à la messe…C’est toujours le cas aujourd’hui ! Les patrons de bars locaux ont bien compris. Ils se sont engouffrés dans l’organisation de petits concerts. En quelques mois, les possibilités de jouer se sont multipliées par 10. Les groupes ont suivi. Il y a eu comme une émulsion, c’était le début d’une scène ! Nous n’étions pas les premiers, mais nous en sommes devenus une forme d’étendard, d’exemple…

3. Et le RC Lens, il représente quoi pour vous ? Une date à Bollaert, ça vous tenterait ? 🙂

TOUT ! Il fait partie de notre vie comme la musique, nos familles, nos amis, nos jobs… (dans le désordre). Une date à Bollaert ne se fera jamais, mais on en a tous rêvé un jour ou l’autre. RV notre guitariste a joué au RC LENS, chez les jeunes et les espoirs. A un moment, comme il préférait la ciggy et la bière, il a fini par choisir la musique et tant mieux pour nous ^^

4. Pour quoi, d’ailleurs, ce nom de « Bly » ? Et qu’est qu’elle fout là, cette cocotte minute qui don ne l’idée d’un rock sous tension ? « Bly » me fait penser à « Sloy », que pensez-vous du trio rennais qui à la rentrée, réédite son fameux « Plug » et nous offre par la même occasion un live ?

BLY (Bligh) est le nom du capitaine, le méchant dans « Les Révoltés du Bounty ». On voulait un truc en rapport avec la révolte. A cette époque, les groupes que l’on écoutait : Ride, Lush, Pulp etc… avaient des noms très courts. On était certains d’être bien vus sur les affiches avec un tel patronyme !

La cocotte minute, c’est l’image des ingrédients mélangés (musique), d’un mijotage rapide sous haute pression et d’une probable explosion soit des papilles, soit de la cuisine… On aime l’idée d’explosion!

SLOY ? Ils ont comme nous un nom « à la con » et super court, on devait avoir le même expert en marketing. Nous nous sommes souvent croisés à l’époque, ils sont super cools! C’est un band extraordinaire, peut être le meilleur de ces années avec Welcome To Julian… C’est bien qu’ils fassent leur retour, même si cela reste en disque (j’en doute…). J’ai laissé un message à Armand en lui disant qu’il avait brisé notre petit come back local à la cool avec son armada 🙂

5. En 1997 vous sortiez l’excellent Stroke of luck, l’album « à la cocotte-minute ». Comment a t-il été accueilli, avec qui avez-vous travaillé pour lui donner vie ?

En 1997  Nous partons faire un concert à l’Ubu (Rennes) en support de dEUS. Notre ingénieur du son du moment n’est pas disponible. C’est Le « mixer » de la salle, le grand Dominique Brusson, qui fera le son. Le concert se passe très bien, nous mettons la pression à dEUS, nous rencontrons le boss des lieux Jean Louis Brossard (des Transmusicales de Rennes). Il nous oblige pratiquement à faire un rappel, et donne deux ou trois coups de fil…

On se retrouve quelques mois plus tard à faire des maquettes à Bordeaux (chez Noir Désir) pour le label Barclay… L’album sera produit par Fred Vidalenc (Bassiste de Noir Desir) et Dominique Brusson (L’Ubu, Dominique A etc…).

Il a été bien accueilli. Enfin, il aurait mérité mieux. En définitive, il est sorti chez Musidisc qui sera racheté quelques semaines plus tard par Universal… Les disques seront alors détruits, jetés à la benne… Il a continué sa vie en autoproduction. Sans PR et sans internet dans ces années là, difficile de faire son trou sans label…

6. Vous avez pour ainsi dire « repointé votre nez » en juin dernier, avec une date à l’Aéronef. Qu’est-ce qui a motivé ce retour, comment avez-vous vécu cette date ? Ca doit générer une sacrée giclée d’émotion…

L’Aéronef de Lille fêtait ses 20 ans juste avant le covid. Jean Michel B, le prog de la salle, nous a proposé de refaire un concert unique pour l’occasion. Avec la pandémie, le concert a été reporté d’une année, puis d’une autre. Nous avons eu le temps de nous revoir, de nous retrouver et de répéter ^^

Une giclée d’émotion ? 🙂 Ah ah ah, « c’était nous dans la marmite !!! » Tiens, j’ai besoin d’une vodka là pour sortir de l’émotion… Du jour de la décision à celui du concert, nous étions retournés, brisés, heureux, tristes, bouleversés, excités, prêts à exploser. Même 20 ans aprés, BLY reste une importante partie de notre vie à tous… Le jour de la date, il n’y avait plus que l’excitation, l’envie de donner, de partager avec les gens qui l’attendaient au moins autant que nous. Le partage, c’est ce qu’on retiendra de ce fabuleux instant !

7. A voir la vidéo (partielle) du concert, j’ai parfois l’impression qu’il y a chez Bly un jus rock à la Welcome to Julian ou encore Drive Blind, une urgence à la Thugs aussi…vous confirmez ?

Oui tout à fait, j’ai justement oublié de citer Drive Blind, Les Thugs… Nous avons joué avec eux, les avons même battus au football ^^ On a un peu le même style de son, peut être avec un coté Anglais, mélodique, un peu différent. On reste un groupe POP dans l’écriture. Mais avec une énergie rock, punk en live. Un jour nous avons fait un concert avec les Dwarves. La seule différence en live, c’est qu’eux crachent sur le public^^

8. Peut-on s’attendre à du nouveau, sur sillons ou encore en live, après la date à l’Aéronef ? Ou, ce qui serait bien bon, à une ressortie de « Stroke of luck » ? Dites-nous tous les gars, on est tous dans l’impatience là !!!

Oui, on peut s’attendre à tout avec un retour 20 ans après. On va certainement ressortir l’album en vinyle fin d’année, tout début 2023. Il devrait y avoir un concert pour l’occasion dans le « 62 ».

9. Que pouvez-vous me dire des autres parutions de Bly « à la grande époque » ? Si Stroke of luck fait figure d’album référence, d’autres sorties ont en effet jalonné le parcours du groupe…

Janvier 94, Bly gagne le tremplin « All Access » de l’Aéronef qui va financer le premier EP, sortie 94. La K7 sortie quelques mois plutôt devient CD, ce sera : « Winch Electric Pop ». Puis, il y a eu Stroke Of Luck, en 1997. Un peu plus tard, il y aura le deuxième EP « Vu de l’intérieur » et puis le dernier album « Pop Cleaners »…

10. Vous avez d’ailleurs collaboré, pour un split sorti en 1998, avec A Subtle Plague. Que deviennent-ils ? J’imagine que la collaboration de l’époque illustre une certaine similitude, chez les 2 groupes, dans l’approche de la musique ?

Oui, nous avons fait quelques « splits » et compilations diverses… Impossible, après tout ce temps, de retrouver des exemplaires. Sauf peut être la compilation Rocksound…

Les A Subtle Plague ? Nous les avons rencontrés à Bordeaux, chez Noir Desir. Ils Faisaient partie de leur bande, ils ne jouaient pas au football, mais adoraient le vin comme tout bon Américain^^ On était encore très jeunes et sans reélle expérience en tant que musiciens. Le batteur nous racontait sa propre réalité, avoir passé des mois à dormir dans son local de répétition par exemple… Autour des barbecues, ils sont vite devenus des exemples^^ Ils fonctionnaient en mode tribu ! Se déplaçaient avec femmes et enfants… Des personnes formidables… Je ne sais pas si nous avions quelque chose en commun avec eux au niveau de la musique, mais c’est une fierté pour nous d’avoir partagé un disque avec eux.

Ps : BLY est très proche de par son histoire de Baasta, le groupe qui est à la base du #MADCALAIS (pas-de-calais, mad en clin d’oeil à la scène Mad’chester, les mines et les gens qui y vivent dans la complexité d’une région sinistrée socialement).