A Subtle Plague – Hung To Dry

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Si je vous dis que ce groupe fabuleux était en grande partie bordelais (bien que basé à la fois à San Franciso, en Allemagne et à Bordeaux donc), a été repéré puis produit par Bertrand Cantat et Serge Vidalenc de Noir Désir (aidés en cela par Giorgio Canali) sur son troisième et superbe album “No Reprise“…peu d’entre vous me croiront.
C’est pourtant vrai et A SUBTLE PLAGUE fit sensation avec “Implosion” et ce “No Reprise“, donc, en tous points excellents, puis avec cet ultime disque, rageur et incandescent, à l’occasion duquel il s’offrent les services de David Weber et partent enregistrer au studio des Forces Motrices, Q.G. du célèbre producteur, à Genève. On remarque alors d’emblée une chose; David vient de signer l’un des meilleurs albums que notre pays ait jamais vu sortir: le “Be a vegetable” de DRIVE BLIND. Et si l’on s’attarde au livret riche et fourni de ce disque, on note que le groupe des frères Simmersbach y remercie les montpellierains, de même que Well Spotted, auteur d’un Shine Your Star également énorme. De là à dresser des similitudes entre les formations, il n’y a qu’un pas…que je franchis allègrement tant la coloration délibérément rock, rageuse et presque grungy de Hung To Dry évoque la formation de Karine Auzier.
I can’t take it no more, un Burn and tremble massif et puissant en ouverture, bien tempéré par des breaks plus “fins”, un Song in spite of me incoercible en seconde position, ainsi qu’une pléthore de titres joué au taquet, font de ce Hung to dry une oeuvre indispensable, sans temps morts, superbement animée par les voix entremêlées de Pat ryan, Analucia Da Silva et Benjii Simmersbach. Et même lorsque le groupe “poppise” légèrement son discours (Driving the point), il garde intacte sa puissance de feu et sa capacité de séduction. En témoigne un My horizon remonté (on s’y délecte de la voix encanaillée d’Analucia), boosté par des guitares taillées dans le roc, ou encore Mass of fear qui suit et hausse le tempo de façon très marquée, s’imposant comme un exercice quasi-hardcore aussi abouti que l’était Microfaction sur No Reprise.

Dans un registre plus nuancé, mais porteur de cette même tension, Calling your name et ses accélérations jouissives complète parfaitement le tableau, tandis que Trigger to nowhere, après une intro annonciatrice d’un déluge sonore impossible à endiguer, déboule sans crier gare à la façon d’un Subdued sur Be a vegetable. Chaque titre est ici une réussite incontestable et le rock sauvage de morceaux comme Things’ll get better arrache tout sur son passage, superbement combiné à des élans vocaux plus mélodiques. Le groupe modère ses tempi de façon brève  et ajustée, juste ce qu’il faut, avant de repartir plein pot, et paraphe là son album le plus significatif et le plus colérique, et en tous les cas, un opus étincelant, pas loin du tout du Be a vegetable de Viguier and Co.
It’s the government!, massif et contestataire et qui n’aurait pas dépareillé sur No Reprise, s’invite ensuite aux réjouissances, tout en nous gratifiant de breaks faussement calmes, troublés par cette guitare qui balance des riffs de folie. Puis un superbe Stump speech, hargneusement mélodique, confirme la maestria du groupe dans cette association puissance-mélodie. Enfin, Un-smothered, saccadé et lui aussi révélateur de cette alternance énergie débridée-apaisement relatif magistralement mise en place par A SUBTLE PLAGUE, puis un Communion cup dépouillé, voix-guitare, terminent sur une note tout aussi élevée en qualité un disque qui, près de 15 ans après, suscite en moi un émoi digne de ce qu’il m’a été donner de découvrir dans les 90’s et notamment, donc, de la pierre angulaire que constitue Be a vegetable.
On n’est cependant pas tout à fait au bout de no surprises puisque ce sont ensuite quatre titres acoustiques magnifiques qui nous sont offerts en bonus, dont une reprise du Devil Town de Daniel Johsnton. Les trois autres morceaux, courts et magnifiquement interprétés (un superbe The ballad of the telemarketeer), nous montrant qu’il n’y a pas que dans un registre entièrement électrique que la formation managée par Sunshine Neven du Mont réalise des prouesses. Cheyenne, l’enfant de l’un des frères Simmersbach avec Analucia, ayant même l’honneur de chanter sur le dernier de ces morceaux, le chaleureux Emma (Slovenly).

Que dire de plus, donc, au moment de conclure, si ce n’est vous recommander l’acquisition de cette perle et, à titre personnel, remercier Sunshine de me l’avoir envoyé (je ne l’avais pas, ne possédant que Implosion et No Reprise) et clamer ma fierté et mon contentement d’avoir pu le chroniquer sur un webzine bordelais.

Superbe disque.