Quelques moins après la sortie de Paanic!, premier opus “qui remet la cabane au milieu du jardin”, Baasta! répond, non sans franchise, aux questions de Will Dum….

1) Comment Baasta ! est-il né ? Vous vous décrivez comme « électro sans la mèche, punk sans les chiens, rap sans vocodeur et rock sans l’air français », à quoi cela renvoie t-il au juste ?

On a décidé de monter un groupe parce que ce qu’on entendait en Français nous faisait chier, on savait dès le départ qu’il y avait une place à prendre. Entre les poètes de 3ème techno et les amoureux éconduits avec un look 80’s horrible, c’était pas compliqué. Le temps nous donnera évidement raison, si c’est pas déjà le cas.

Pour se décrire, on avait du mal à se mettre dans une case donc comme il y a des claviers et des boîtes à rythme, il existe un côté électro mais sans avoir l’air d’un putain de DJ qui tourne un bouton d’une main et qui se caresse de l’autre. Punk aussi car c’est quand même ce qui ressemble pas mal à ce qu’on fait. Même si ce n’est pas non plus : “crête, clébard et bière tiède” notre délire.

Rap sans vocodeur dans le sens où on n’est pas là pour parler d’amour, de bling-bling et du dernier joint qu’on a fumé avec une voix de chanteur de raï des années 2000. On a grandi avec NTM et IAM; tu vois, c’est quand même autre chose…

Rock sans l’air Français parce qu’on vit dans le Pas de Calais et que notre regard a toujours été tourné vers l’Angleterre, sans compter qu’on est aussi pas mal féministes. Donc si c’est pour être associé à Noir Désir et leur putain de leader! Plutôt crever que d’être des ringards…

2) Vous venez d’Arras, comment se porte la scène locale et, par extension, régionale ? Y avez-vous remarqué des groupes ou projets à mettre en avant ou dont vous vous sentez proches dans l’esprit ou la démarche ?

Comme tu le dis, on est d’Arras (62) et la scène d’ici a été en stand by pendant un an, comme tout le monde, mais va reprendre assez vite. On a pas mal de potes qui ne sont pas du tout dans le même style musical que nous, mais qui méritent qu’on s’intéresse à eux. D’ailleurs si tu attends de les découvrir via les Inouïs du printemps de Bourges, c’est mort ! Ils n’ont pas des gueules d’influenceurs Instagram et pire encore, ils sont du Pas de Calais. Pas de mélange des genres sur la métropole Lilloise voyons ! 59-62, la lutte des classes, tout ça…

3) Comment se sent BAASTA!, quelques mois après la sortie de «Paanic » et à l’aube d’une réelle reprise d’activité ? Comment Paanic, d’ailleurs, a t-il été perçu et reçu au niveau public et médiatique ?

Super accueil des deux côtés, on regrette de ne pas l’avoir défendu d’avantage sur scène car il est sorti un mois avant le premier confinement. On s’est dit assez vite qu’il fallait en préparer un deuxième pour le fameux « monde d’après ».

4) Que représente pour vous Paanic, sachant qu’il s’agit d’une première sortie ?

PAANIC, c’était une prise de contact avec un titre d’album tristement prémonitoire. Le public a été réceptif même si tous les concerts annulés ont un peu bloqué l’explosion que ce disque méritait.

5) Comment avez-vous vécu la période de crise sanitaire ? Les circonstances vous ont-elles contraints à développer de nouvelles manières de faire ?

On a composé la suite dans les jours qui ont suivi le premier confinement. On a systématiquement refusé les lives en streaming sur internet. Quelle daube ce truc ! Vu le nombre de groupes qui sont déjà chiants à voir en live, alors dans leur salon devant leur bibliothèque IKEA avec le chien ou les gosses qui passent dans le fond…laisse tomber, on ne fait pas de la musique pour ça dans BAASTA!

6) Que prévoyez-vous, désormais, pour promouvoir le disque ?

Pour PAANIC rien, on continuera à le défendre en live si ça se décoince mais pas plus. Là, on est résolument tourné vers la suite. On a déjà des supers retours sur le premier single « J’ai pas compris » et le clip tourne vraiment bien. Les prochains titres sont vraiment terribles, on a hâte!

7) Quels sont d’après vous les avantages et inconvénients du fonctionnement en duo ? Bénéficiez-vous d’un apport extérieur ?

Le batteur tient dans le sac, ne boit pas d’alcool et il est toujours dans le temps, qu’est-ce que tu veux de plus? De manière générale on bosse avec peu de monde, le gang est restreint mais de qualité. On fait tout nous-mêmes : l’enregistrement des albums, les clips, le graphisme et toutes ces conneries de réseaux sociaux… ! On va plus vite et on ne doit rendre de comptes à personne. D.I.Y. jusqu’au bout pour le moment. Ça a parfois ses limites mais on compose avec. On n’a de toute façon pas le choix, de là où on vient, « on n’a pas la carte ».

8) BAASTA! est-il prétexte, pour vous, à une certaine forme d’engagement social ou politique ? Qu’abordez-vous dans vos lyrics et qu’est-ce qui les nourrit ?

C’est un genre de journalisme d’opinion plutôt que de l’engagement. Mais disons qu’on parle de sujets de société, un peu comme Ken Loach dans ses films. On met juste en évidence l’absurdité du monde et les travers qu’on a pu observer. C’est des sujets qui nous touchent dans tous les cas mais sans être des putains de donneurs de leçon car ce sont souvent les pires des connards.

Pour le reste, j’invite tes lecteurs à passer commande de PAANIC sur notre Bandcamp en attendant le retour sur scène, ou encore à aller streamer nos titres pour 0,0004 centimes sur le GAFA de leur choix en attendant fébrilement la suite qui devrait arriver très vite.

Photos David Tabary.

Bandcamp Baasta!