Fanfara Station « Boussadia » (Garrincha GOGO, 2 septembre 2022).

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Fanfara Station c’est Marzouk Mejri, Tunisien multi-instrumentiste. Charles Ferris, Américain « cuivriste ». Et Marco Dalmasso aka Ghiaccioli e Branzini, DJ/producteur venu pour sa part d’Italie. Boussadia, leur nouvel opus, transcende leurs influences et propose une mixture entre cuivres chauds, textures électro, chants Arabisants donc dépaysants et, de fait, singularité à tous les étages pour un trip aux effluves parfois engagées, à d’autres moments plus insidieuses. On s’y laisse prendre, huit titres et c’est marre: Boussadia c’est l’assurance, l’obligation même, d’aller humer d’autres airs. Nagran et son hurlement de départ, suivi de pecus folles, de soubresauts façon fanfare, amorce l’épopée. Le chant fait le reste, cosmopolite est le projet, hétéroclite est son rendu. Ca s’endiable de partout, ça rassemble, à rien d’autre ça ne ressemble. Madinafrika « brass » les sons, prolonge le voyage, marie le Français et l’Africain, tourneboule le globe et fait tomber les robes (il fallait bien trouver une rime…). T’y résisteras pas, tes guibolles tu dérouilleras. L’énergie est reine, l’inspiration déesse. Sabra, plus feutré, jazzy, étire le champ que Fanfara Station se plait à sillonner.

Je craque, tu craques, impossible de rester dans l’indifférence lorsque ces trois gaillards font dans la différence. Lafoo le confirme, Boussadia a ce don de confronter les cultures, de les faire se télescoper, dans une gerbe de sonorités dont on se surprend à pousser le volume. Yemule Muladdiwen hausse le rythme, ses nappes de cuivres et vocaux d’Afrique se jouent de nos résistances. En trio, Fanfara Station herse sa propre terre. Balai incante, vire psyché, fait dévier le jazz. Pour lui faire suite, Adra percussionne, déraisonne, lâche des volutes obsédantes. Il semble se retenir et pourtant, il fait mouche et de toute façon, finit par ensorceler. La recette est relevée; basé en Italie Fanfara Station a pour base le monde, ce faisant il galvanise le nôtre. Ya Baba, sur six ultimes minutes célestes, puis mondiales, puis cadencées, à danser, funky, au refrain à reprendre, validant la magie d’une création à la marge, illustrée par une merveilleuse galette sortie chez les très précieux Garrincha GOGO.