Christeene « Midnite fukk train » (Spaceflight Records, 11 novembre 2022).

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Amère et enragée, d’un quotidien qui la pousse à une brute colère, Christeene met celle-ci en son avec brio et emportement sur Midnite fukk train, son nouvel album. Avec son Fukkn Band, où nichent entre autres des saxs brulants, elle dégoupille d’emblée quand arrive ALPHABETS, d’un chant à la Bettina Köster qui prend des inflexions trans-genres sur une ritournelle presque orchestrale. Je pense, pour le coup, aux Tétines Noires de l’excellent(te) Emmanuel(le) Hubaut. On pressent, de suite, une forte personnalité. BEAUCOUP MOROCCO, torpille saxophonisée sur laquelle les guitares se rouillent, attaque ensuite sur un ton indus aux vocaux haineux. Le refrain tue. Appuyé, le morceau est une vraie tornade. Folle, sauvage, tubesque dans son genre. En marge, donc (je parle du genre). GUTT IT, au taquet lui aussi, trace pareillement. Il réitère saxophones (l’un alto, l’autre ténor) bavards et en relief, chants cinglés et guitares intenables. J’adhère, sans conditions. La clique de Brooklyn lance des grenades, à la face d’un monde dans lequel elle se refuse à se reconnaitre. A la trogne de l’auditeur aussi, qui lui s’en réjouit. C’est mon cas, en tous les…cas. J’ai ici la dose de subversion, authentique, dont j’ai besoin pour éviter le pis-aller. Jusqu’alors, Christeene me comble.

Plus loin WINSTON, au galop, prend une teinte post-punk que bien évidemment, les cuivres font dévier à l’unisson avec un drumming alerte. L’incartade sonique est de mise, vocalement on s’en tient à cette délicieuse déraison qui sale l’opus et lui refile de la dégaine. Le titre est court, donc d’autant plus efficient. Christeene varie les plaisirs (malsains), I WANT IT ALL (rassurez-vous, pas celui de Queen…) la voit s’imprimer plus insidieusement, mais avec autant de vice racé que sur le reste de son Midnite fukk train. On a droit à des choeurs presque soul, bordel comme c’est bon ce bazar-là! On songe, tantôt, aux Stooges pour les sorties de route wild, pour les saxos en crue aussi, ça va de soi. PIANO SONG, apaisé, apporte du cabaret destroy, mais élégant, à l’ensemble. LO PAID RUNWAY MODEL, Bowiesque, est également plus tenu, plus bridé. Mais concluant, à l’image de tout ce que fait Christeene. Enfin FIX MY DIK, tempête électro-rock free entièrement wild, aux chant presque hip-hop d’abord, souffle sur le brasier Midnite fukk train jusqu’à en faire l’un des immanquables, et je pèse mes mots, de cette fin d’année, à l’ approche encore rarement entendue et par conséquent, d’autant plus valorisante.