Récemment aperçu en live avec Structures, où elle arrive sur la pointe des riffs et booste le groupe de son jeu sauvage, Ingrid Samitier répond aux questions de Will Dum en évoquant au passage la pluralité de ses projets…

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Avec les Vulves Assassines (au festival Chauffer dans la Noirceur).Avec The Intergalactic Republic of Kongo (au Great Escape festival de Brighton).

1) Salut Ingrid, tout d’abord comment as-tu vécu ce concert à Beauvais, il y a peu, avec Structures, où j’ai avec délices découvert ton jeu « wild » ? A te voir, j’ai immédiatement pensé que la scène était pour toi un exutoire sans égal…

Hey Will, et bien ce concert à Beauvais était un peu un concert disons de « chauffe » pour nous, ou peut être surtout pour moi qui viens de rejoindre Structures. Vous deviez être genre 10 dans la salle non (on était entre 50 et 60 Ingrid! haha) ? Sinon je me souviens qu’on s’est bien amusés ce soir-là, on a joué avec nos copains de Serpent, c’était une bonne soirée. Et oui en effet, la scène est toujours le moment pour moi de me vider un peu, si on peut le dire comme ça.

2) Qu’est-ce qui a motivé, d’ailleurs, ton arrivée au sein de Structures ? Et plus généralement, comment en es-tu venue à la pratique musicale ?

Alors Structures ça s’est fait un peu du jour au lendemain. Rod le manager m’a contactée; je ne connaissais pas, j’ai écouté, aimé l’énergie, j’ai auditionné et tout est allé très vite. Ma mère m’a toujours forcée à faire de la musique, je grognais un peu quand j’avais 4 ans pour aller aux cours de piano avec cette prof super sévère et aux cours de solfège. J’ai ensuite commencé la guitare classique, rebelotte, mais une fois que le département de musique actuelle a ouvert dans l’école où j’allais, et ce 8 ans plus tard, c’était vraiment très cool! J’ai de suite pris plaisir à faire du rock, je n’ai plus lâché ma guitare et quand j’ai découvert les pédales d’effet, là, c’était encore un autre niveau d’excitation.

3) Outre Structures, tu joues aussi chez Magon, Vulves Assassines et Oeuf, dans des registres bien tranchés. Comment expliques-tu cette diversité dans tes interventions, que t’apporte ce statut de musicienne si plurielle dans ce qu’elle entreprend ?

Je ne vais pas mentir, j’ai eu beaucoup de chance car je suis tombée sur ces beaux projets par le plus grand des hasards. J’ai de suite aimé leur vibe, j’avais aussi envie de commencer à gagner un peu d’argent avec la musique. Au début ce n’était pas des projets professionnels mais avec du temps et du travail ils le sont devenus et je suis contente d’avoir apporté mon aide. Aujourd’hui je suis super fière de voir l’évolution de chacun d’entre eux. Maintenant je peux me permettre de choisir un peu plus mes projets, j’ai rejoint les gars de Structures que j’aime beaucoup et le projet perso de Nili Hadida.

Pour 2023, je jouerai aux côtés de Nicolas Maury. En parallèle j’espère pouvoir me concentrer d’avantage sur mon projet perso, OEUF, celui qui en réalité me tient le plus à cœur.

4) J’ai d’ailleurs chroniqué tous ces groupes, sauf Oeuf que j’avoue n’avoir connu que tout récemment,en explorant ton univers, sur Muzzart . Accordes-tu une quelconque importance aux retours écrits, tant sur les lives que s’agissant des sorties discographiques ?

Bien sûr, cela fait toujours plaisir de lire ce que quelqu’un a pris la peine d’écrire sur ton concert.


Avec Structures et OEUF

5) Comment jongles-tu entre tes projets, quel est ton degré d’implication dans chacun d’entre eux ?

Je suis une vraie contorsionniste. Mon degré d’implication varie selon ce que l’on me demande. J’aime tout de même avoir une implication créative et personnelle dans un projet si on me laisse la place, ce qui d’ailleurs est souvent le cas. Je trouve que c’est important, c’est plus humain. On a d’ailleurs composé/enregistré un album avec DJ Conant et MC Vieillard des Vulves Assassines, intitulé « DAS KAPITAL », qui sortira cet hiver !

6) Comptes-tu continuer à étendre ton champ d’action, intégrer pourquoi pas d’autres projets musicaux? Serais-tu, quelque part, une boulimique du jeu de guitare ? (rires). Tu as d’ailleurs commencé très jeune, il me semble…

Comme je disais plus haut, je vais avoir des nouvelles aventures pour 2023 mais oui, si je pouvais jouer avec tous les projets cools de France je le ferais. Je serais peut-être plus boulimique des pédales d’effet je dirais, ma banque me fait payer tellement d’agio à cause de mes découverts dûs aux achats compulsifs…! Je suis addict, j’espère guérir bientôt.

En live avec Structures (Art Rock à Saint Brieuc):

7) Qu’écoutes-tu en ce moment et de façon générale ? La diversité dont tu fais preuve dans ta pratique m’a logiquement amené à cette question que jusqu’alors, je n’ai jamais posée en interview…

En ce moment j’écoute Nicolas Michaux, je me suis aussi refait l’album d’Atoms for Peace, moi qui suis une grosse fan de Radiohead. J’ai aussi refait ma culture punk sous les conseils avisés de Marvin de Structures; Joy Division, Working Men’s Club etc etc, Crack Cloud que j’adorais déjà et puis les copains de Bryan’s Magic Tears.

8) Certains groupes ou artistes que tu affectionnes ont-il eu une forme d’influence sur ton jeu de guitare, sur ta manière d’aborder ta carrière ?

J’affectionne très grandement Robert Fripp, l’album Discipline de King Crimson a été pour moi une grosse révélation ainsi que tout son travail de studio, pour Bowie particulièrement, Scary Monsters a énormément influencé mon son et mon jeu. Fan incontestée de Madonna aussi, et de ma reine Lana Del Rey. Pour ce qui est de ma carrière, je n’y ai jamais vraiment trop réfléchi mais j’ai beaucoup pensé aux Talking Heads, Tom Tom Club, Bowie, Fripp, Eno; tous ces gens réunis, tous potes, tout le monde se connaissait, tout le monde jouait avec tout le monde, un peu comme une grande orgie musicale et j’ai l’impression de vivre ça à Paris en ce moment, ça me fait vraiment plaisir.

9) Pour en revenir à Structures tu sembles d’ores et déjà t’y épanouir, à en croire ton attitude à Beauvais. Quel regard portes-tu sur cette formation qui peut déjà se targuer de fort jolies dates et de sorties de choix ? Te projettes-tu, avec Structures, sur l’avenir à plus ou moins long terme ?

Je me projette carrément avec Structures; je m’y sens très bien, on a une bonne team. On a beaucoup de travail pour préparer les prochains concerts, les garçons bossent sur leur album, moi je suis ça de près et j’ai hâte de la suite.


Avec Structures à Solidays, avec Les Vulves Assasines au Vyv Festival à Dijon.

10) Jouer, appartenir à un groupe ou entamer une carrière solo, créer, n’est-ce pas quelque part entrer en résistance, refuser de subir le monde et ses atours anxiogènes ?

Pour le moment je ne vois pas ça comme 2 choses incompatibles. Mon projet solo n’avancerait pas sans mes autres projets, ils font partie de moi musicalement aussi niais que cela puisse paraître.

11) Y a-t-il, dans ton quotidien, la place pour autre chose que la musique qui visiblement y tient une place très conséquente? Eprouves-tu parfois le besoin de souffler, de faire un pas de côté pour ne pas « saturer » ?

En 2022, je n’ai eu que la musique dans mon quotidien et cela me va parfaitement. L’amour me prend aussi beaucoup de temps ceci dit, je ne m’en plains pas attention.

12) Quels ont été, jusqu’alors, les temps forts, les événements marquants qui ont ponctué ton parcours ?

Mes premiers concerts avec mon premier groupe anglais « The Intergalactic Republic of Kongo » je dirais. On était programmé au BBK festival à Bilbao, au Green man festival en Angleterre. Ca a vraiment été la découverte de ce qu’était la scène pour moi, la petite newbie. On a fait tous les clubs de Londres et j’ai rencontré les musiciens de la scène anglaise comme Black Country New Road, Sorry ou The Drug Store Romeos. J’étais payée une misère, voire rien du tout parfois mais j’ai adoré, c’était très excitant comme premier projet. Ensuite je dirais mes rencontre avec les Vulves Assassines et Magon, qui ont marqué le début de mon aventure parisienne.

En live avec Structures (Solidays) :