Peu nombreux nous fumes et pourtant la salle isarienne, aux affiches d’une qualité imprenable, mériterait que notre nombre la fasse étuve. L’Ouvre-Boite de Beauvais accueillait en effet ce vendredi soir, jugez donc, le Serpent du sieur Lescop, chargé d’ouvrir le bal et qui le fit fort bien, puis les fougueux Structures au line-up remanié, entre autres, par l’apparition d’une demoiselle toute en félinité qu’on ne peut que remarquer. Superbe date donc, qui après que j’ai avec Philippe Chérencé, l’un des hommes forts des lieux, devisé sur l’absence de fidélité, mais aussi de curiosité, du public des alentours, débute par une salve post-punk aux reflets funky, assez imparable, de Serpent. Le leader danse à qui mieux-mieux, robotico-extatique. Autour de lui, ça joue groovy. Funky, mais de manière percutante. XTC s’accouple avec les Talking Heads, j’ai devant moi un guitariste aux sauts « que si j’fais pareil j’termine au CHU après avoir chu ». Ca pulse sévère, les titres forts s’enchainent, Don’t waste my time clame l’un d’eux. Ce qui est sûr c’est que le notre, de temps, est loin d’être perdu. Serpent ondule, crache son venin et ça fait le plus grand bien. Un ep nommé Dysfunktion est prévu pour le 13 de mai et ma foi les morceaux qui en émanent, dont un éponyme, mettent d’ores et déjà tout le monde d’accord.


Serpent.

En tête de gondole, Distant call et le trépidant Love/hate charpentent un set plus que bon, qui aiguise l’impatience quant à la sortie du format à venir. Comblés nous sommes, devant la dizaine de chansons à l’entrain décisif que nous joue Serpent. On débriefe entre habitués, personne ne se hasardera à contester l’impact de ce live dansant à souhait, solidifié par la dynamique collective du quintette et la série de compositions élevées qui le caractérisent. on change le plateau, je me réjouis alors de revoir Structures dont les venues m’ont toujours satisfait au delà de l’attendu. Ca tombe bien, l’amienois est en colère et visiblement ça accroit l’intensité, déjà conséquente, de son gig. C’est du mitraillage, cold et bouillonnant, que Structures nous sert. la demoiselle, à la guitare, me régale de mimiques qui traduisent une implication totale, à la fois gracieuse et sauvage, et d’un jeu bien wild. Marvin, à la basse, se plie dans tous les sens. Un jeune batteur assure, sans faillir, un tempo souvent échevelé. Quant à Pierre, « as usual », il balance chant guerrier et grattes sans politesse. C’est d’la rough-wave camarade, ça tombe jamais en rade. J’adore, un regard à mon acolyte photographe suffit à ce qu’on se comprenne: Structures, c’est du béton armé. Une machine de guerre dont on aimerait qu’enfin, elle nous gratifie d’un album en entier. Patience; le live, quoiqu’il en soit, crédite la clique picarde. Sorry, I Know It’s Late But…we love them. Leur set est un Robbery en règle, damned, voilà pile-poil ce que je venais chercher! Appareil en main, je me trémousse parce qu’il faut bien le dire, ce bazar-là est totalement salvateur.


Structures.

Dans le même temps, je n’en rate pas une miette. Visuellement aussi, c’est la régalade. Dopé à la rage, shooté à l’insurrection, Structures déboulonne. Ce concert se passe de mots, pourtant il me faut en retraduire la portée. J’en veux à l’absent, celui qui se prétend rock mais dont tu guettes en pure perte la présence sur les lives où régulièrement, je traine ma carcasse en quête de déviance sonore. Parallèlement, je m’enbonheure (du verbe s’enbonheurer, fraîchement inventé) d’en être. Chant grave, secousses sismiques d’une instrumentation-cratère, gestuelle débridée, morceaux d’une valeur indéniable. Que demander de plus, si ce n’est que ça dure et que Structures son avenir assure? L’assemblée approuve, il ne pourrait en être autrement. En quatuor déjà soudé, Structures nous met la biture. J’en ressors tourneboulé, un brin chamboulé. J’embarquerais bien une de ces affiches qui reposent dans le Barasca, tel un convaincu ne pouvant résister à l’appel de la collecte, mais me dis que peut-être, elles valent quelques pièces. L’essentiel n’est pas là, les 2 prestations de la fin d’avril nous en ont mis plein le baril et c’est bel et bien là que réside la félicité qui sur la route du retour nous inonde le buffet.


Structures.

Photos Will Dum.