Etalé cette année -sans s’étaler- sur trois journées/soirées, l’incontournable R4 de Revelles offrait dès son vendredi, pour inaugurer les festivités, une affiche de choix. Pour lancer la danse Drybones, locaux au registre grungy bien 90’s, figuraient au menu alors que le relais était assuré par Cachemire, au rock français de chez At (h)ome. A l’issue, le tank Pogo Car Crash Control, flanqué d’un excellent Fréquence violence, allait rallier l’entièreté du public à sa fougueuse cause, avant que les Lillois de Supermodel Stitches ne terminent sur une note hardcore retentissante. Le temps d’un houblon, le temps d’échanger avec les quelques figures croisées sur le chemin de la scène, c’est donc le clan du cru qui se présente en pôle position, armé d’un répertoire influencé, certes, mais de qualité continuelle. Il ouvre honnêtement, joue compact et délivre une giclée alternative qui, souvent, m’évoque la scène de Seattle. Flanqué d’un Trophies and failures qui s’écoute sans décrocher, il poursuit une montée en puissance qu’on lui souhaite fructueuse et qui lui permet, ce soir, de gagner des voix tout en donnant de la voix.


Drybones.

On est bien parti, personne ne le niera. La foule gagne en densité, Cachemire et son « punk’n’roll » énergique, à mon sens contestable, un peu surfait, trop propre sur lui, se fend d’une série qui enthousiasme l’assemblée. On aperçoit, en nombre, des t-shirts à l’effigie du groupe et de manière évidente, son set ravit. Je reste froid: à l’inverse le public, lui, clame sa liesse. Du coup je m’interroge; peut-être suis-je trop dur, trop exigeant à force de quêter décalage et singularité. Pour le coup la joie, celle de l’autre, me suffit. Quelques titres sortent du lot, nombre d’autres me laissent indifférent. C’est le jeu ma pauv’ Lucette, l’essentiel est de toute façon assuré; la soirée bat son plein, le quidam trouve à Revelles la substance, sonore, qui parfait son début d’été. Je quitte momentanément les lieux, direction le troquet du village au cadre pittoresque que j’affectionne particulièrement. M’arrivent dans les fouilles les airs de Cachemire, ok allez ça va encore…j’entre dans l’épicerie, j’aime ce bric à brac situé à côté du bar où se disent les histoires locales. Je me restaure mais à la hâte; j’ai pourtant le temps mais il me tarde de revoir Pogo Car Crash Control qui au Celebration Days Festival, en 2017, m’avait mis une mornifle longue durée.


Cachemire.

Il fait beau, il fait chaud et brulant sera le gig de la clique de Lésigny. Je préviens une collègue, croisée avec sa petite famille; « Regarde bien la bassiste, c’est quelque chose ». C’est Lola, magnifique. Jérôme, de l’orga, dépose à mes côtés une bière de plus, grand format bien entendu. Ce mec est prévenant et bienveillant, c’est l’une des figures de notre R4 à nous. Bordel, on en prend plein les mirettes! Le quatuor ferraille, joue fort et aligne les parpaings entre rock, métal, mélodie et force de frappe ébouriffante. Riffante aussi, avec une ardeur de soldat. La demoiselle mentionnée plus haut, à la basse, me régale de ses mimiques. Je déclenche à tout-va, porté par un élan incoercible. C’est Fréquence violence, le concert est sauvage et salvateur. Il écorche la société, le conformisme, dégage une rage que l’on partage d’autant plus volontiers que Pogo Car Cash Control en est le parfait reflet. Ca riffe dur, la gestuelle et la force des titres joués ne peut que nous impacter. Positivement, ça va de soi et un peu moins de soie. Cristaux liquides, au milieu de ce laminoir dont jaillit l’espoir, calme le jeu avec prestance. Tête blême, je dodeline puissamment du chef. C’est peu de le dire, on se fait piétiner et le « pire », c’est qu’on en redemande. Dans le refus du convenu, Pogo Car Crash allie son et discours, remonté, convaincu, convaincant.


Pogo Car Crash Control.

Je venais pour eux, pour le lieu, pour l’équipe, par attachement inconditionnel à ce R4, à cette Revelles qui en juillet se révèle et se fait belle. Je fatigue, c’est fini et le feu de mes douleurs me contraint au retour. Je ne verrai pas Supermodel Stitches, je le regrette mais les échos sont flatteurs; les nordistes ont eux aussi, pour conclure, déboité comme il se doit. Court est le sommeil, l’envie de trier les clichés l’emporte. A la va-vite je trie, je sélectionne à l’arrache, pressé d’écrire. Pressé de figer, par le mot, une date qui se passe de mots et panse tous les maux…ou presque. J’en ai moi aussi fini, en ce qui concerne l’écrit. Mais ce samedi je retourne au feu, prêt à en découdre, pour une nouvelle tirée de lives haut de gamme.


Pogo Car Crash Control.