Avalanche Kaito « Avalanche Kaito » (Glitterbeat/Modulor, 10 juin 2022)

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Le point de départ d’ Avalanche Kaito tient dans la rencontre entre le multi-intrumentiste et griot urbain Kaito Winse (voix, tama, flûtes peule et arc musical) et les musiciens de noise punk bruxellois Benjamin Chaval (batterie, électronique) et Arnaud Paquotte (basse), du groupe Le Jour du Seigneur, après qu’un de leurs amis au Burkina Faso ait fait écouter à Kaito la musique du duo belge. La collision entre les univers enfante, nouveau, un registre qui louvoie entre les genres, parant les racines de Kaito d’une peau changeante et inédite. Celle-ci se décline sur huit titres dont le premier, Sunguru, incante sur fond de free jazz aux fortes effluves. Ca ne sera d’ailleurs pas la seule coloration apportée à l’opus ou électro, indus, post-punk et élans tribaux contribuent à singulariser le tout. Lebere, syncopé, insinue d’ailleurs un second trip tout aussi épicé, cold, indus peut-être, Avalanche Kaito à 100%. Il y a là de la ferveur, des sons non usuels, des rafales rythmiques groovy. Ca t’emporte, ça te porte aussi. Vers la lisière, là on tout ce petit monde se plait à culbuter la norme. A abattre les barrières. Sonores, culturelles aussi. Douaga déroute à son tour, la rythmique y ondule et le chant s’enfièvre. Il scande, rassemble, Kaito use de proverbes propres à soulever la réflexion. L’union de ces trois-là, à n’en pas douter, est un exemple d’ouverture. Le disque sort chez Glitterbeat, logiquement cité en référence dès lors qu’on aborde la question de l’audace musicale. Qui, ici, fait foi et combat les lois.

Goomde, psyché, embrume l’esprit. Le chaos d’ Avalanche Kaito s’écoute jusqu’à l’ivresse, sonique. S’il fait le buzz, on s’en réjouira. On l’estimera, bien plus que ces sortie sans âme et aseptisées qui polluent le champ discographique actuel. Bow séduit par ses gimmicks, sa texture dépaysante. Laquelle se répète, sans fin ou presque, au point de nous habiter. Les mecs de Kamélectric, dans ma ville, qui ont d’ailleurs ouvert pour ces BCUC à l’esprit similaire, adoreraient ce projet. Eya, sur plus de 10 minutes, les mettrait en transe. Ses secousses noise, son débit nourri, son déroulé ensorcelant auront de toute façon raison de tout un chacun. Il marie indus, électro du bout du monde, sons triturés et foutoir délectable. On ne le range pas, aucune case ne peut l’accueillir. On l’écoute, on s’en imprègne comme on s’immerge dans l’entièreté de l’ouvrage en présence. Toulele fédère lui aussi, ardent, tribal dans sa batterie, rugueux, pas très loin d’un IFRIQIYYA ELECTRIQUE. C’est dire son attractivité, son souci de décloisonner. Le Grand-Père, au son d’une cadence « tribe » vive jonchée de notes obsédantes, concluant un album captivant de bout en bout, mis en valeur par un métissage sans réel égal.