A la “Lune“, on est depuis longtemps positivement surpris. On y fait des découvertes inattendues (joli mais nécessaire pléonasme). Si on est ouvert, on sait que la salle qui servit avant sa “métamorphose” d’entrepôt de bananes nous réserve régulièrement de bien belles trouvailles.

Avec BCUC, ce fut le cas et si je suis ressorti de la prestation du gang de Soweto avec l’impression qu’on m’avait administré une mornifle jouissive en tous points, ne passons surtout pas sous silence les incroyables Kamélectric, auteurs d’une première partie époustouflante.

En effet le trio amienois, sur une base afrobeat qu’il n’a de cesse de malmener et de faire évoluer, n’a tout simplement pas d’équivalent. Jazz, afrobeat, hip-hop et rock, giclées de saxophone et de…kamélé n’goni, sampleurs et batterie, guitare tout terrain; tout cela fusionne, le rendu suscite le voyage et se veut aussi trippant que fougueux. Les sons sont inédits, la démarche complètement à part et avec Kamélectric, on vit une expérience scénique qu’on ne peut effacer de son esprit une fois son terme atteint. Ce soir encore, le groupe a déclenché les vivas et les hourras, en créature musicale indéfinissable qu’il est et qu’il se plaît à demeurer.

Déjà conquis, on se prend en pleine face les inclassables BCUC, quelque part entre gospel, élans tribaux (l’effet des percussions est saisissant), attaques rock et encarts psyché, le tout sous couvert de folie vocale au relief surprenant. BCUC, c’est du jamais vu, du jamais entendu et, parole de “grognard du live”, un des lives les plus marquants qui puissent être.

Il y a dans ce melting-pot des influences qu’on ne reconnait plus tant elles sont triturées, suivant un procédé qui génère un résultat sans pareil. Opposition des voix (une féminine plutôt subtile, l’autre, masculine et nettement plus colérique), cadences plus qu’entraînantes, basse qui se fait transgenres et j’en passe; la tribu sud-africaine régale et fait se trémousser un public venu nombreux, dans la bonne humeur la plus totale et dans l’élan d’une révolte mise en son avec génie. Le tout dans le cadre du festival Haute Fréquence, qui aura en l’occurrence et pour une somme dérisoire permis à ses spectateurs de vivre une soirée sensationnelle.

Photos William Dumont.