Ifriqiyya Electrique “Laylet el booree” (5 avril 2019, Glitterbeat/Differ Ant)

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Incroyablement novateur avec son Rûwâhîne (2017), qui télescopait avec furie et ivresse tribal frontal et indus martelé, Ifriqiyya Electrique remet le couvert, et récidive imparablement, avec ce Laylet el booree animé par le même dynamisme inédit, la même recette bien plus que personnelle.

La clique tunisienne, épaulée encore et entre autres par François R.Cambuzat, assène neuf titres, dix finalement puisqu’on bénéficie pour le coup d’un “Ghost track”, aux riffs dignes du Roots de Sepultura, auquel on pense régulièrement ici pour la méthode appliquée (un énorme Mashee kooka en ouverture). La puissance des morceaux, l’impact des chants font de suite la décision. Le puissamment leste He eh lalla provoque la transe, la danse aussi, et dépayse à l’image du reste. Turbulence d’un rock dur, pénétration de trames indus répétées font de ce nouvel opus un must. Beesmeellah Beedeet se montre tout aussi rude, aussi fortement trippant. C’est bien simple; Ifriqiyya Electrique peut se targuer d’avoir défini un territoire sans pareil. Moola Nefta s’amorce comme une prière, se passe lui d’instrumentation en son début. Puis il s’anime sous l’effet des percus, de ces chants à l’unisson captivant.

On s’éprend vite de ce tribalisme passionnant, de ces attaques soniques débridées (Nafta Naghara). On se réjouit au plus haut point de pouvoir entendre, chose rare, un son complètement nouveau. C’est joué sans masque, sans fard, c’est du vrai. Une électro mordante saupoudre le tout, sans aucun temps mort (Danee Danee). Laylet el booree est une expérience. Celle-ci ne ménage pas son auditeur; elle le malmène mais à l’arrivée, elle le conquiert. Son flux est irrésistible.

Le disque, même sans son étayage offensif (Wa Salaat Alih Hannabee Mohammad), reste de haut niveau. Il dégage une force d’évocation surprenante. Mabbrooka y met fin sur ce même alliage entre guitares de plomb, incrustes électro et chants “de là-bas”, avec maestria. Puis le Ghost-track annoncé plus haut, qui répond au nom de Galoo sahara laleet el aeed, porte la dernière salve, un peu trop brève, aux privilégiés que nous serons, forts d’écoutes immersives et intensives.

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