Claptrap « Adulting » (Un Je Ne Sais Quoi/Kurokeno, 28 janvier 2022).

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Claptrap est le projet d’Eric Pasquereau, qui dévie allègrement au sein de Papier Tigre, La Colonie de Vacances ou The Patriotic Sunday. Ici, avec l’appui de Julien Chevalier, Paul Loiseau et Vincent Robert (Borja Flames, LA TERRE TREMBLE et Electric Electric tous mis en avant chez Muzzart), il encanaille des compositions élaborées, à la base, seul. Dans l’esprit d’un Arto Lindsay ou d’Haruomi Hosono, la clique use d’un panel inhabituel (mandoline, guitare classique et percussions côtoient synthétiseurs modulaires, boîtes à rythmes et électronique), lui permettant des créations en marge qui après assimilation garantissent tout à la fois plaisir et voyage.

Il n’empêche, Adulting n’est du au final qu’à l’imagination déroutante, passionnante, de CLAPTRAP. The rewrite, aventureux, doté d’une joliesse pop qui l’avantage, produit un bruit bancalement harmonieux. Il dépayse, erre à sa guise, groove et libère des sons d’ailleurs. Out of, dans une veine appuyée, où ruades sonores soudaines et cadence variable s’associent, démontre ensuite qu’on n’est effectivement pas en terrain conquis. Claptrap est audacieux, invente ou presque si ce n’est nouveau, en tout cas hautement personnel. Et innovant. On le suit donc, bien volontiers, dans ses échappées. You, operator renvoie, à son tour, de l’inventivité dans l’étayage, une approche singulière de nature à enjoliver, autant qu’à la « souiller », la mélodie.

Quelques virages plus loin Summer ends, sur un terrain vaguement jazzy, impose sa coolitude. Il dégage, aussi, une prestance musicale certaine qui résulte de son parti-pris instrumentalement décalé. Wavelength, après lui, séduit en proposant une subtilité similaire. Il se montre, qui en doutait?, différent, bordé de sons et climats qui retiennent l’attention et font baisser la tension. On est, pour le coup et tout au long du disque, dans un monde surprenant. Captioned (if anything), lunaire et obscur, se charge de nous en faire le rappel. Il s’élague ensuite, marie le sombre et des trouées plus en lumière, bruisse et divague au gré de ses vagues. Adulting mérite, c’est avéré, qu’on fasse avec lui un bout de chemin prolongé.

Cependant Public eye, ultime sucrerie trompeuse, y met fin (au chemin, bien entendu). Peinard, mais tout de même orné de manière originale, aérien et gentiment psyché, il conclut donc un opus marqué par la propension du sieur Pasquereau, depuis belle lurette, à s’orienter vers des eaux où on pourrait perdre pied mais qui, immanquablement, plaisent et attirent car ouvertement « en lisière ». On n’en attendait pas moins du bonhomme et de ses acolytes, au vu de leur pedigree éloquent, qui paraphent là une rondelle dont même la pochette attire l’oeil et attise la réflexion, en plus d’un contenu sonique libéré de toute chaine entravante.