Potemkine « Triton » (Réédition.Replica Records, 28 janvier 2022).

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Initialement paru en 1977 chez Voxigrave, histoire de tromper le punk, le Triton de Potemkine, formation fondée autour de la fratrie Goublin (Charles, Gilles, Michel et Philippe), se voit aujourd’hui exhumé par Replica Records. On y décèle, cosmique et racé, envoûtant et personnel, un jazz fusion ici relifté, comme à l’habitude chez Replica, par les mimines de Julien Louvet. C’est la seconde galette du clan, sans tarder Asyle fait tituber son jazz, installe une savoureuse dose d’expérimentation imaginative. On change de thème, sans prévenir mais en restant persuasif. Un brin de prog’, une pincée de zeuhl élaborée tous zeuhls, sans l’aide de quiconque, une teinture jazz de classe, des sons et grooves qui nous emportent et explorent des contrées peu familières. Voilà la recette Potemkine, efficiente, décalée et pourtant bien calée. Passé la première effluve Crepuscula, aux chants épars mais d’un bel apport, plane et nous sert de la sonorité saccadée. Nul besoin de le préciser, on se situe en l’occurrence dans des sphères qui font prendre l’air. Loolit II, aussi inquiétant que frétillant, funke un peu, appuie sa cadence, se fait feutré et stipule, dans la même seconde, corps et esprit.

On varie, à nouveau et pour le plaisir de l’auditoire, les orientations. Lberserim Urb Et Chant De Viamor, en avant-dernière position, marie syncopes subtiles et voix d’opéra, ou pas loin. Il coupe son élan, plus céleste, avant de redevenir changeant. Effet garanti, ici aussi, en plus d’une sacrée aptitude à capturer l’attention et chatouiller les recoins humains où se niche le bonheur, auditif pour le coup. On termine d’ailleurs en en lançant une giclée prolongée, de plus de 13 minutes, au son du terminal Eiram. Une ultime plongée qui alterne entre le poli et des encarts plus bondissants sous couvert, cela va de soi, de bouquets de sons foutrement inventifs et de climats dont on ne peut nier l’impact. Potemkine égale, sur Triton, l’excellence d’un Magma, par le truchement de ses compositions libres et savamment conçues, sans restriction dans le jeu.