Gran Kino – 1989

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Ce disque date de 2012; il ressort aujourd’hui de mes tiroirs après lecture du livret et écoute et vaut largement quelques paragraphes, fut-ce longtemps après sa sortie. Groupe de musiciens/globe-trotters issus de Mâcon, Gran Kino eu l’idée, porteuse, de solliciter plus de 30 artistes en les invitant à donner leur vision “verbale” de l’année 1989, pour eux significative. Le groupe lui-même se chargeant des arrangements.

Le résultat, diversifié évidemment, est de taille et de beaux noms y contribuent pour un rendu de haute volée, dont Meï Li qui intègre Damny de La Phaze, et narre une histoire d’amour en pleine révolution étudiante, dans le sillage de I love tennis, auquel participe Juan Huevos de Chapell Hill (USA) et qui évoque le fameux service à la cuillère de Chang cette même année face à Ivan Lendl.

Il n’y a à vrai dire que du bon sur la galette ainsi produite, GW Sok de The Ex, ni plus ni moins, intervenant même sur Bericht uit Beijing (qui décrit la révolution étudiante vue face à un char), hip-hop dépaysant balafré par des guitares rudes se frottant à des sons orientalisants. Incroyable d’ouverture et de dextérité, 1989 fait émerger l’envie d’une régression vers le passé, convainc même dans ses essais ludiques (Pitié, chanté par David Courtin et mettant en scène les tristement célèbres Cauecescu implorant le pardon, ou encore le magnifique Microwave & dischwashers feat. Jane Ehrhardt et symbolisant la vision d’un monde changeant depuis une cabane au Canada).

On pourrait ainsi s’arrêter à chaque titre, Calexico & Naim Amor étant même de la partie sur Sergio mon amour, belle interprétation acoustique, fine et sensible, dépeignant la mort de Sergio Leone et son enterrement. 

Avant cela, un garde-barrière hongrois, Arpad Bella, raconte de superbe façon, sur fond psyché, comment, en août 89, il a laissé des centaines de Hongrois franchir la frontière avec l’Autriche. Matador, de Dakar, et les Tambours du Bronx ayant avant cela imposé un hip-hop rugueux sur Hip Hop(e), mâtiné de rock et d’electro. La Gameboy est même à l’honneur sur le délicat Gameboy chanté par Clare Manchon de Clare & the Reasons. La totalité des artistes conviés, que ce soit sur le net ou à l’occasion des tournées de Gran Kino, faisant preuve d’une belle prestance, aidés en cela par le savoir-faire du groupe en termes d’étayage sonore.

Pour un résultat bluffant, tant dans l’esprit que du point de vue du résultat.