Anciens Crocodiles INC., BBCC est passé de l’indie rock (Heidentum, 2015) à une phase plus anguleuse et kraut (Altered States of Consciousness, 2020), avant d’investir un terrain plus conceptuel avec Michael (2023). Il se refuse donc à l’inertie, conserve la fantaisie, et déjà t’façon du temps de Crocodiles INC. j’adorais sévère. Alors pensez-vous, ce King Michael II and the Trial of the Axe jouant et trippy, m’a pas fallu des heures pour en boire les lampées. The Axe (ouverture) instigue d’ailleurs la première, saccadée, interstellaire, répétée et de sons folichons. Celestial Body of light reproduit la recette, plus rythmée, exotique. Pop arty, BBCC (s’)émerveille de tout son. Le bazar se cuivre, chaloupe, nous perd pour mieux nous gagner ensuite. Une trace de synthétique, de l’organique futé, des vocaux variables et le tour est joué. The Death of slumberjack fait dans le suave racé, orné avec goût. Mr Blacksmith trace un sentier léger, mélodieux, enciélé, psyché. Tout ça à la fois? Et ouais Biggy ! Et v’là t’y pas que Castleman, à tomber du donjon, réitère refrain et motifs tarés. Etourdissant, autant qu’éblouissant. Le chant fait son Primus, Claypool kifferait à coup sûr. J’entends Soul Coughing, aussi, dans les volutes. Campfire, qui débute en quasi-valse, sert une pop lustrée et insoumise dont la basse tangue. Superbe.
Le voyage, vous l’aurez saisi, ne se refuse pas. La distinction voisine avec le tarabiscoté, pour un rendu des plus élevé. Amour Courtois (interlude) fend l’espace, synth et invariable. L’effet s’implante. Knight Knight part I, où derechef la basse serpente génialement, impose sa psyché toute en beauté…dérangée. Knight Knight part II, histoire de lui faire suite avec prestance, se pare d’excès bienvenus. Il rappe, enfin on dirait. L’hybride prévaut, audacieux. Ses ruades ont du chien, de l’élégance aussi. A King Michael II and the Trial of the Axe il ne manque rien, on y trouve avec délectation Accessory to murder et sa pop orchestrale sans trop de chair, d’enrobage rétro jamais de trop. Et ça lui sied.

©Christophe Urbain
Sur la fin Bone Appetit, qui nous rassasie, file et urgent, laisse ses sonorités vriller. Les chants se lient, à l’orée de la déraison. Que c’est bon. Sanguinis Karaokus, lui, se brouille entre indus et lo-fi. Enfin, en son amorce. Il ralentit le tempo, narre, et pétrifie l’esprit. Il tressaute, ses voix à nouveau alliées font réellement sensation. Et pas qu’elles. La durée du titre l’enracine, ses atours muent. L’excellence absolue. Enfin The king is dead, long live the undead queen (epilogue), final là-haut perché, dont les notes une dernière fois marquent l’écoutant, s’en vient clore dans la magie un ensemble à la valeur tout bonnement renversante.
