Conçu à Paris, à l’IRCAM, La lucha es un poema colectivo est l’oeuvre d’Italiens nommés tellKujira. Allégrement ceux-ci errent, défont le jazz, titubent et désarçonnent. Leurs pièces sont longues, la première a pour patronyme En greve et grouillante, vindicative aussi dans ses paroles conviées (« On vous enc+++ », ni plus ni moins), variable, instigue la sortie de route de départ. Sombrement orchestrale, d’un noir tenté de bruits dérangeants, c’est une entrée en matière captivante. Elle m’évoque, par chez nous, Oiseaux-Tempête. Elle se corde, majestueuse, en son terme. Le trip vaut d’être vécu. ¡Que viva México!, bien plus bref, invite lui aussi des voix d’ailleurs. Il flirte avec le mysticisme, revêt des notes folk, des chants comme venus d’enfants. Là encore le rendu déroute, saccadé, climatique, comme pour mieux nous attraper.

Ainsi Tarantella, de ses sept minutes passées, sème t-il une atmosphère derechef saisissante, aux cordes entre splendeur et déviance. L’ambiance fait son effet, la valeur de l’ornement le dispute aux abords variés de l’instrumentation. Il y a chez tellKujira, assurément, de quoi plaire à l’audacieux. Ses fissures surprennent, sa non-linéarité lui refile de l’aspérité. Walking on the beach / what to love and fight for, chargé de clore l’épopée, remet au premier plan ces voix juvéniles, plus loin un peu moins. Cette fragilité dans la texture itou, cette élégance bricolée et dégingandée, ces trouées à l’orée de la noise qui assemblées, enfantent un disque dont on est, à l’issue de la première écoute, bien loin d’avoir défini les contours.

Photos Marco Ubertini
