Haile Sainte est un projet solo. Son concepteur chante, compose, écrit et joue de plusieurs instruments. Ses sources déclarées sont des hooks des morceaux de hip-hop, les disques Motown que [sa] grand-mère passait, et le Blues. Il a grandi dans l’Église orthodoxe Tewahedo, une église éthiopienne connue comme la plus importante des Églises orthodoxes orientales, après avoir passé ses premières années dans une église protestante. Et surtout, sa musique est fascinante et Ce Ionia en atteste, vaporeux et multi-styles, mixé et masterisé par l’artiste en personne. En ouverture le fantomatique Agnosis, soul de brume, égrené, exerce d’emblée une forte attraction. L’univers attire, chloroforme. Les sons flottent, l’atmosphère retient l’oreille de par ses tons jazzy déviants. L’effet est confirmé par En Bloom, tout aussi « figé » et de ce fait irrésistible. La torpeur du rendu est marquante, Thorns la réitère et là l’attirance se cheville. Un rythme sans hâte se greffe, puis Ashes et sa rêverie s’imposent sans avoir à forcer le trait. Divine Comedy, dans une trame hip-hop titubant et dénuée de cadence, ou presque, ne plaira pas moins.

Il va de soi que le deuxième volet, de teneur comparable, aura également mes faveurs. Il débute par un Veil où les voix se répètent, en amorce, précédant ce flou génial et hanté qui tantôt, change de sentier. La découverte est de taille, semblable à nulle autre. Falling, d’un fatras quasi indus, animé par un pouls vibrant, se met en relief. Dans la foulée Swans, souillé, valide l’option perchée, hybride, de la création. Ses coups de boutoir le font valoir. Heaven, noise et déréglé, prend ensuite la tangente. Le chant, comme de coutume, fend -à peine- le brouillard. C’est alors IONIA qui ferme la marche, s’étirant spatialement, cerise sur le gâteau d’un musicien sacrément inspiré et somme toute, cohérent dans son désir de différer.
