J’ai vu Coilguns en LIVE, j’ai chroniqué son Odd Love, je l’ai interviewé aussi, par ici. Sa singularité me plait, elle m’a tantôt égaré dans quelque méandres avant que sur mes pattes je ne retombe, ayant persévéré. Avec Everything We Love, We Destroy, le premier disque de Coilguns écrit dès le départ avec un bassiste à plein temps, les Helvètes reviennent à du plus « classique » mais façon Coilguns, ça va de soi, donc malgré tout tortueux sans pour autant engendrer la difficulté d’assimilation. Ce faisant ils me gagnent, totalement. Leur urgence hardcore gagne en fluidité, leurs mélodies explosent (parfois en plein vo), et dès le titre éponyme étoilé pop, rock filant et colère bien ficelée cohabitent magnifiquement. On « boularde » toujours, comme le montre Pace Trader, mais dans une forme d’éclaircissement qui à mon sens porte ce disque aux cimes. Replication Crisis, folk en son début, vire rapidement au saccadé enflammé.
Platform Decay, ensuite, poste une ouverture entre motifs clairs et rythme appuyé. On sent sur Everything We Love, We Destroy une unité renouvelée, un unisson merveilleux, porteur de bout en bout. Les beaux airs font sensation, les coups de boutoir n’en ont que plus de sens encore. Les chœurs de Platform Decay brillent, Coilguns valide là son « non-genre » qui à l’immédiat le caractérise. Punisher Disclaimer bruisse, sa batterie galope sévère. L’équilibre est audible, j’ai de plus en plus le sentiment que l’album en présence risque de valoir, à ses auteurs, de nombreuses distinctions. Ca ne serait que justice. Days Before The War, lo-fi et « folky », grave dans le chant, sensible, raffine le propos de Coilguns et ainsi, l’étend. Teach Ourselves, élégamment puissant, n’en fait pas moins. Il alterne, avec brio, force et retenue.

©Andy Ford
Ouvrage de poids donc, Everything We Love, We Destroy est un must. Carbon Magic me conforte dans mon ressenti, de ferveur en accalmies bien senties. Tout ce qu’on aime, on le détruit mais un opus de cette trempe, on se le garde bien au chaud, jalousement presque. Forever Chemicals, de premiers instants ouatés, mue en une attaque nourrie. Et pas qu’un peu. Coilguns dans la continuité, la sienne, évolue de manière bluffante. Sa dizaine frappe juste et fort, fait valoir des décors notables, et prend fin sur ce Perfect Fin Content au gré duquel une dernière fois, furie post-hardcore et écorce plus feutrée s’allient au service d’un résultat de très haute volée, alors que des voix narratives s’invitent avec à propos.

