Avec Malaterre, Jean-Sébastien Nouveau, à la tête du projet Les Marquises, aborde des sphères personnelles et se place sous le signe du retour. Retour au lieu de naissance, retour à l’enfance, alors que l’opus précédent nommé Soleils Noirs (2023), évoquait les thèmes de l’exil et du départ. Sans cesse « quêtant », le lyonnais poursuit son entreprise de pétrissage sonre, dans le raffinement et dans la langue d’Elwan svp messieurs-dames, dont l’éloquence elle aussi inspire. Les Marquises n’en manquent pas, on le sait. Ici elle se déploie songeusement, L’Etendue instigue son paysage et fait oublier l’âge. Ca tombe bien, j’en ai grandement besoin. Le fond est (s)ombre, traversé de phases lentes et comme orchestrales. Le chant au bord de l’insouciant s’égrène. Ode aux oubliés, sans heurts lui non plus, se pare de trois fois rien. Et ça lui suffit. Ses peaux sont belles, son ambiance immersive mais aussi…inoffensive et c’est parfois là que le bât blesse pour moi, fan de Swans, Sonic Youth et consorts. Tiens c’est drôle, Le retour du troupeau de par sa réitération m’évoque Gira et consorts. Terrefondrée, lui, s’élève dans l’évocation. L’imaginaire flotte, je l’aimerais de temps à autres plus en tourment mais il n’en reste pas moins que l’opus retient son homme.
Pour ce faire La Rivière, aux volutes d’orchestre, confirme l’identité de l’ensemble. Sa régression peut-être, voulue, assumée, vers des temps plus sereins. Ou Vers des lueurs, tambourinées. J’entends, ici et là, du Young Gods dans les sons de l’autour. L’ Eau Rouge, celle qu’on dit qu’elle brûle. L’Ouverture, « paysagiste », s’immisce dans ce vibrant et bridé maelström. Il y a là de la vie, de la fuite pour sûrement mieux revenir et pourtant, Personne ne s’éloigne. Terme spatial, rêvassant, le morceau contraindra le visiteur à de nouvelles écoutes, Malaterre ne se livrant qu’à l’issue de celles-ci et révélant alors tout son pouvoir d’attraction, en refuge sonore sûr et protecteur bien que jonché de bancalité.

©Lilian Thevenon
