Trois décennies d’activisme sonore sacrent BaBa ZuLa, d’ Istanbul, comme l’un des fleurons du psychédélisme turc à senteur locale fortement ancrée. Sur ce XXX il semblerait même que le groupe, qui a collaboré avec des figures telles que Mad Professor, Jaki Liebezeit de Can, des membres de Faust et d’Einstürzende Neubauten, ainsi que Warren Ellis de chez Nick Cave & The Bad Seeds, pousse le bouchon plus loin encore. Ca s’entend dès Balkondaki Beyaz Çoraplı Kedi, trip d’effluves à l’orée du tropical, après une courte amorce intitulée Balkondaki Beyaz Çoraplı Kedi et déjà synonyme d’évasion sur chants d’oiseaux. Le voyage est initié, Cırtlak 9 l’ affine et haut perché, sème son hypnotisme. Les compositions se ressentent autant qu’elles s’écoutent, la ferveur chantée de Kutsal Zeytin Halayı et son saz enivrant font sensation.
Le disque est typé à souhait, l’évocateur Otel Kaliforniya lui impose un doux chaos aux phases floues. Les vocaux à nouveau opèrent, épars mais marquants. Le tribal Has Halhal Dansı se profile ensuite, vaguement dub, bluesy dans ses notes, hybride et encensé. XXX a chez Glitterbeat une place de choix, justifiée par son identité. Presque jammé, comme improvisé, il défriche avec succès. Hak Bitmez Güç Bitee, auquel il revient de le border, serpente dans de superbes louvoiements. Une dernière fois les genres s’imbriquent, le chant conteste dirait-on et les nappes enchantent. Sublime épopée, XXX séduit jusqu’à ce que l’on ne fasse plus qu’un avec ses délectables écorces.

