Lofofora vient de sortir pour la toute première fois en vinyle, et en version remasterisée, ses deux albums « Les choses qui nous dérangent » (2005) et « Mémoire de singes » (2007). Des pavés dopés de rage, sortis quelques dix ans et des après un premier album éponyme dont la fusion fit déjà, à l’époque, vaciller moults chaumières. Le premier des deux opus nommé aura la primeur de mes mots et déjà Les choses qui nous dérangent, chargé d’ouvrir, claque un métal fatal sur fond de rancœur riffée. Ma plume s’agite, la batterie rafale. Le refrain venge puis Rien au monde, ramassé, enclume l’impact Lofo. Deux mondes s’opposent, celui des véreux et celui de ceux qui s’en protègent. Comme ils le peuvent. Heureusement Lofo veille, au grain et au son. Accélère, syncope de colère, file sans se donner d’airs. Enfant du chaos Lofo met son monde KO, le titre en question matraque et éructe. Il y a là unité, constance et qualité. Optimale. Le riffing arrache, dur comme du silex. Les paroles éborgnent, à Auxi début août je reverrai la clique et j’ai hâte. La peur du vide, qui le comble, couple le massif et une pincée de trouées plus claires. Comme l’espoir qui pointe. Le pire bouillonne, lancé à toute berzingue. Si l’humain suffoque Lofo, lui, respire à peine. Les standards pleuvent. La basse twiste, le groove percute son monde. Rock’n’roll class affair, rappant, nous ramène aux 90’s. Greffe des genres. Ire intacte. Jurons et fusion. Au mitan de l’album, la cause est entendue.

Ainsi Mea culpa, boulet rouge, tire t-il à vue. A l’envi le tempo varie, au gré d’une déferlante que le quotidien alimente. Humide song, d’abord jazzy, étend encore le spectre. Bluesy aussi, il lamine sans hâte. Sa durée l’enfonce. Dans nos consciences. Il y a du No One là dedans, mes esgourdes me le dictent. Dans les recoins. Mais Lofo, c’est bien connu, laboure ses propres terres. Frères de révolte, tout de même. La guitare part en loopings, dans un solo à la Morello. Puis Quelqu’un de bien, folky/poppy dans ses premiers pas, finit par péter. A la croisée des styles Lofofora s’insinue, avec le brio qu’on lui connait. L’Eclipse fait alors dans la finesse, trompeuse je le parierai. Gainsbourien, ou presque. Joliment vicié. Racé dans le mot. Les maux de Reuno. Les nôtres, par ricochet. Aveugle et sourd, tel un politicard, revient à du frontal bulldozer. Les choses qui nous dérangent, sans rides en plus, gagne en puissance. Le morceau se nuance, avant un terme de poids. Mondiale paranoïa, hardcore, poste moins de deux minutes en coup d’bélier délié. Ca trashe et ça crache, dans un format à l’efficience bluffante. Il nous reste alors Buvez du cul, punk et sobre (si si c’est possible) dans ses syllabes, cru dans son refrain, en conclusion d’une ressortie que je recommande à tous et à tout jeunot restant encore à déniaiser.
