L’histoire unissant Etenesh Wassié aux musiciens de Freddy Morezon est longue : après un premier album, culte, avec Le Tigre des Platanes, la collaboration se poursuit avec le bassiste Mathieu Sourisseau, et ce pour 2 albums; Belo Belo (avec, entre autres, Gaspar Claus et Nicolas Lafourest en invités) et Yen Alem (avec Julie Laderach, cette fois, conviée). Avec Arada le trio vire au quartet, voire au quartet avec Fabien Duscombs du Tigre des Platanes à la batterie et Mathieu Werchowski au violon. Tezeta, de son ethio-jazz feutré, amorce le voyage. Le chant est bien entendu incantant, en relief. Cheguitou, plus « offensif », groove et se tribalise quelque peu. L’album, à cet instant, semble monter en puissance. Yené Alem, à la basse reptilienne, le fait frémir et chalouper. Sa batterie percute, le violon crisse très free. Magique. Arada, éponyme, déploie une musicalité bridée qui le fait s’illustrer. Belou Endji suit, un peu dans la même option, et valide un premier volet qui se tient largement.

©Erik Damiano
Au deuxième versant Sela, sobre, bien mis, ne déparera pas. Antchi Hoyé endiable le tout, on le sent prêt à se fissurer mais que nenni, il s’agite sans rompre. C’est plutôt Etetou, appuyé, qui dévie vers le rock tout en s’entourant d’un blues de là-bas. Le brassage est enivrant, le jeu remarquable. Be Shewa se fait, lui, plus velouté. Le trip néanmoins s’accentue, il est sur Arada immense et continuel. Akalé vient alors clore le disque, il n’est que chanté se dispensant d’instruments. C’est la touche finale majestueuse, le couronnement d’un effort qui sort l’auditeur de ses repères et l’emmène par le frottement de ses cordes dans des contrées nouvelles et accueillantes.
