Jozef Van Wissem est un compositeur et luthiste d’avant-garde qui joue d’un luth baroque noir unique, connu pour ses collaborations avec Jim Jarmusch et ses B.O. de films (Only Lovers Left Alive, Uncle Howard, Land, Irma Vep…). Avec ce This Is My Blood immersif et méditatif, on plonge dès l’inaugural What The Eternal Beginning Is dans une sphère psych-folk où l’instrument mentionné plus haut fait merveille, de pair avec un chant épars. Six minutes de bonheur auditif, d’introspection poussée que prolonge Praise Shall Sound From Shore To Shore Until The Sun Shall Rise And Set No More, plus long encore. Dépaysé on ne peut s’en extraire, tant le voyage se vaut d’être vécu. Une obscure et troublante sérénité émane de l’opus, véritablement rassérénant. Et différent, délibérément différent de par sa teneur et le recours au luth. La notion de deuil est ici explorée, on ne l’aura jamais si bien vécue. L’uniformité du disque, si elle peut irriter, constitue pour le coup un atout. Concerning Our Saviours Silence s’en drape, enchevillant le pouvoir d’attraction de This Is My Blood. Le format instrumental, loin de lasser, séduit. On ne lutte plus, on luth. Hypnotique, This Is My Blood nous irrigue. How You Must Enter Into Suffering en valide le magique obscur, sa durée bien qu’étirée fait qu’on l’endure sans peine.

A l’occasion du deuxième volet Remission, plus bref, convoque une discrète électronique. Le format reste toutefois immuable, à nouveau prenant. Des voix d’opéra, ou presque, sertissent ce splendide track. Aucun heurt, nul besoin de ça, ne vient percuter l’ouvrage. All You Do All You Bare, à peine au dessus des deux minutes, se réitère jusqu’à quitter la terre. On s’en fige de contentement, pris dans la nasse d’un JOZEF VAN WISSEM au sommet du dépouillement. Son jet final, nommé What The Eternal End Is, doté de touches bluesy sans aspérités, s’en tient à la recette qui du début à la fin, fait reluire ce This Is My Blood dont l’écoute capture et me permet, à mon humble niveau, la découverte d’un musicien unique.
