Steve Amber « Hypnagogia » (Autoproduit, 8 avril 2022).

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Basé à Paris mais originaire de Brest, Steve Amber fait son tonnerre avec Hypnagogia, son premier album. Celui-ci fait notamment suite à From A Temple on The Hill, 5 titres sorti en 2018. Rock non restreint, il débute par un Empathy Drive où l’on croirait entendre un Radiohead ayant, oh miracle!, retrouvé sa fougue juvénile de départ. Les guitares rugissent, font aussi dans le mélodique. Tout ça m’évoque également Addict, formation anglaise auteure d’un bien bon Stones en 1998. Cranium Fire, d’un shoegaze en déferlantes bonnardes, voit le quatuor affirmer sa poigne. Des mélodies poppy, soignées, bordent ses efforts. Autour, des coups de sabre déchirent le tableau. Ca se prend, volontiers et sans réclamer son du. The Simple Answer To A Pointless Question, bien plus spatial, affine le trait et prend une tangente cosmique, voire psyché. Les deux, à vrai dire, sur une durée réduite dont sortent des sons brumeux. Puis Daemons Of The Subatomic, d’atours similaires en son début, marie rythmes aussi lourd que lent et chant délicat, lui aussi sans empressement. Il flotte, nous avec. Il s’en tient, d’ailleurs, à cette tendance…avant de se boursouffler et laisser ses sons imploser, dans un halo psyché-bruitiste. Bien vu.

The Sulker, chargé de lui faire suite, ondule en visitant des contrées étoilées. Steve Amber -j’ai d’abord cru, à réception de la galette, à un folkeux geignard et ennuyeux-, dans l’alternance entre soie et temps plus mordants, trouve son rang. On apprécie, récurrentes, ses sorties de route jonchée d’aspérités. And I’m Still Stuck In My Head…, quasiment électro-folk, s’en extirpe pour instaurer une trame subtile, bien jouée. Je préfère toutefois les Bretons de souche quand, d’un nerf rock à fleur de peau, ils provoquent des raz de marée. And I’m Still Stuck In My Head…est tout de même beau, il parait monter en intensité et effectivement, il grimpe jusqu’au bord de l’implosion. Son rythme cogne davantage, j’en viens à flairer la crue tant attendue. Elle ne se produit pas, mais le contenu reste de qualité. …Launching… assure l’interlude, d’une électro hagarde au chant lointain. Il ouvre en fait le chemin pour Pilots In A Cage, entre allant et finesse. Je pressens là aussi -est-ce à force de la souhaiter?- une « bifurcation », Steve Amber s’y dirige mais en lieu et place, signe des envolées mélodiques un tantinet noisy. Dans le même temps, il se montre vif. Les vocaux font leur Yorke, sans que ça ennuie le converti.


Photos Rémi Bouges.

J’espère encore, j’insiste, la lame de fond incoercible. Avec Synchronise, on débute dans une matière posée. On y reste lové, avant une incartade qui cette fois, cingle comme il faut. Guitares guerrières, cadence de poids, chant remonté. Steve Amber change d’humeurs, expérimente sans méandres irritants. Des riffs crus terminent le morceau. It’s ok, comme disent les anglicistes. Here Be Dragons, discrètement électro, monte dans les cieux. Il est à dominante psychédélique, en cela il fait surgir le souvenir d’un Hail to the thief. On se quitte là-dessus, plutôt bons amis, car Steve Amber sait faire et parvient fréquemment à accrocher le lobe, fort de travaux aboutis auxquels j’aurais, de mon côté ajouté une pincée de « piment sonique » supplémentaire.