Sarakiniko « Red forest » (La Maison des Corbeaux, 15 avril 2022).

0
1025

Projet solo de Yann Canevet (FTR, MARIA FALSE, VENERA 4), Sarakiniko fait dans le shoegaze au sucré chanté délicieux, en phase directe avec nos 90’s de prédilection. Red forest est son premier album, porteur de dix titres où plane l’ombre d’un My Bloody Valentine en légèrement moins noisy. Il enchante sans attendre, Can’t See You trace un songe sonore souillé à la Sonic Youth, chanté comme le ferait Bilinda Butcher. Le régal va durer, l’endurer ne sera synonyme que de bonheur total. Syncopé en son début, l’éponyme Red Forest s’étend sans hâte, aigre-doux, m’évoquant The Pains of Being Pure at Heart. C’est dire l’accroche, déjà très forte, et la valeur du rendu. La guitare est belle, elle fait aussi la rebelle. Ou la re-belle. Hello, lui, me fait penser à St Johnny sur son excellent Speed is dreaming. Si je cite du solide c’est que Sarakiniko, pour sa part, l’est et ce, sans discontinuer. L’écoute est une part de flanc, une mignardise musicale dont a vite envie de se goinfrer. Fall Will Pass, aux « Hou-houhoouu » enchanteurs, file et prend des airs dreamy griffus. Tout est réussite.

Plus loin Lights, lo-fi, traverse le brouillard. Il est bref, dans ses pas All is Fine illustre bien, de par son titre, la teneur du disque. Il progresse, lui aussi, flemmardement. Comme un Pavement, en somme (notons, en parlant de Malkmus et compagnie, la ressortie en Deluxe de leur Terror twilight). Red forest a été mis en boite à Londres, par James Aparicio (Spiritualized, These New Puritans, LIARS etc…) et sortira le 15 avril 2022 sur le label « La Maison des Corbeaux », basé à coté de Moncontour, entre Saint-Brieuc et Rennes. Du breton tout ce qu’il y a de plus fiable, conçu chez les Brittons, pour une galette sans mauvaises notes. Enough, vif et également joliment « guitarisé », la laisse d’ailleurs sur les bons rails. Sun Dance suit, tout aussi alerte, taillé dans ce même somme sonique qui tantôt s’engourdit, tantôt se vivifie. La constate restant, remarquable, cette voix pensive.


Première photo: Morgane Caux.

Sur la fin When Are You Coming, plus pesant, rattrape MBV sur le terrain d’une pop cotonneuse jouée sous éther. Je jubile car j’avais raison, notre pays gouverné par des manches détient en ses terres de nombreuses formations capables de tenir la dragée haute aux références d’ailleurs. C’est le cas pour Sarakiniko, qui finit en l’occurrence avec ce Swear dansant et céleste qu’évidemment, des sonorités jouissives enveloppent alors que sa fin se fait orageuse. Entre soie et plans plus « Dirty », Red forest voit le sieur Canevet, sur son projet qui en live convoque d’autres « joueurs », se hisser d’entrée de jeu aux sommets d’un créneau shoegaze qu’il fait briller de bout en bout.