50 Foot Wave « Black Pearl » (Fire Records, 15 avril 2022).

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Actif depuis 2003, le 50 Foot Wave de la mythique te toujours pimpante Kristin Hersh, à l’épopée mémorable au sein des Throwing Muses (qu’elle a fondés, tout de même, à seulement 14 ans), nous revient avec ce Black Pearl aux sept morceaux élevés, dignes de son rang. C’est sa première sortie depuis 2016, elle se lance de suite dans un Staring Into The Sun où les guitares montrent les crocs, sur un déroulé plutôt grungy bien pesant, qui d’emblée avantage le trio. On n’en attendait pas moins, on se réjouit toutefois de l’excellence de ce départ sans douceur barbante. C’est massif, rugissant, complétement probant. Madame Hersh y va de son chant belliqueux, ça passe sans avoir le moins du monde à forcer le trait. Superbe. Cinq minutes et des poussières de perfection rock acérée, pour ouvrir idéalement. Hog Child arrive ensuite, dans une étoffe retenue qui là aussi crédite le groupe. Obscurément mélodique, il se pare d’une rudesse bridée. On estime, à nouveau, ce qui s’ensuit. Les guitares, une fois de plus, se distinguent. Quel que soit le registre choisi, elles valorisent l’effort de 50 Foot Wave. Ce n’est donc pas une surprise, loin s’en faut, si Fly Down South en tire profit. Taillé dans un rock qui, derechef, grogne et n’omet pas la mélodie, il parachève un trio introductif en mariant l’écorché et le mélodique bref, bien placé.

Au mitan de ce disque court mais concluant, à sortir chez Fire Records, on s’offre ce Black Pearl éponyme où la rythmique affirme son alliage. Il serpente, hésite entre le vicié et le mélodieux. Il se souille un peu, vole dans les cieux, renvoie une louchée de psychédélisme. De durée réduite, il laisse un Broken Sugar saccadé, au rock là encore entre puissance et joliesse, lui emboiter le pas. On ne s’ennuie pas, il faut dire qu’avec ce type de formation la dextérité est depuis belle lurette de mise. Kristin encanaille son chant, mutin. A côté, de belles notes s’asseyent et la basse-batterie ondule un peu sauvagement. On ne s’en plaindra pas, dans ce registre 50 Foot Wave maîtrise tout autant que sur le reste. Ca se durcit, la voix devient fielleuse. Le résultat, ici et encore, baigne dans le valeureux. Blush, également bourru, nous emmène aux portes de l’addiction. A ce Black Pearl « so perfect », tout en conviant des airs tout en beauté. Il se fissure, se poste au carrefour des tendances. Il vire folk, un peu, sans perdre de sa superbe, et hausse le rythme. On plébiscite, on entérine de manière définitivement définitive.

Il est alors temps, sept titres c’est peu mais ici ça rime avec optimal, d’en finir. C’est Double Barrel, aux choeurs qu’on remarque, qui le dernier délivre un rock de choix, élégamment sauvage. Kristin fait, là aussi, la tigresse. 50 Foot Wave signe un album en tous points réussi, rock dans le sens le plus vrai et noble du terme. Avec le nouveau Hater, à paraitre le 6 mai, ou encore The Garbage & the Flowers qui déposera dans nos lecteurs, le 13 mai, son Cinnamon Sea, Fire Records frape fort et nous gratifie de « skeuds » qu’il nous sera bien difficiles de déloger de nos chaumières.