Coeur Joie « Allumettes au bout des îles » (Hidden Bay Records/Melotron Recordings, 18 février 2022).

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Heureuse surprise à l’éclat twee-pop enchanteur, Coeur Joie réunit d’ex membres de Belmont Witch, Bootchy Temple, Volage, Sex Sux ou encore Structures. Il s’est formé en 2021, s’en sont suivies ces Allumettes au bout des îles aux poèmes soit enjoués, soit obscurs qui brillent d’un feu orangé et renvoient des teintes attractives. Leurs mots sont beaux, ils peuvent être graves et Léovénement, un brin surfy, lo-fi et scintillamment (je viens de l’inventer) poppy, pose une première banderille charmeuse. Il est élégant, doux dans le chant, plus piquant dans son écorce. Et magnifique. Ses guitares? Pareil. Holunder, alerte et étoilé, met en exergue une instrumentation aussi lactée que dépouillée, envoûtante. Comme son verbe. Le quatuor s’en donne à Coeur Joie, dans le même élan il nous met en joie et par les temps qui courent, il serait stupide de n’en rien faire. Dimi l’étoile fait reluire la sienne (l’étoile), pop certes mais entrainante et, as usual, valable de par ses textes et son décor en perles d’or.

C’est du tout bon, pour un premier long jet, que dessert Coeur Joie. Dimi l’étoile souffle un léger shoegaze, une sorte de folk indé à la parure éloquente. J’adore. L’allumette suivante, intitulée L’éclate, exhale des syncopes douces-amères du plus bel effet. Coeur Joie conjugue, avec brio, plume agile et textures merveilleuses. Son opus sort chez Hidden Bay Records et Melotron Recordings, boites à son elles aussi hautement recommandées. Festina lente, au ralenti, comme sous éther, sème sa douceur souillée. On ne la fuira pas. Les ailes du désir, pas plus empressé, propose un ornement similaire, joliet comme gentiment abimé. Et, comme de coutume, ce Français élevé. On succombe, comme après une frappe de Bernard Lacombe (ne cherchez pas trop, référence de vieux et de toute façon, c’était pour la rime).


Photo Peter Hallais.

A l’issue c’est le titre éponyme, appuyé, quasi pop-rock, qui nous tend le dernier beignet délectable d’une série de premier choix. Coeur Joie y joue bien, avec entrain. Ses Allumettes au bout des îles, resplendissantes, bénéficient sans nul doute du savoir-faire qu’au gré de leur parcours, ses pères ont pu cumuler. Mis à l’honneur, par l’écrit, en Italie comme chez les Britanniques, Coeur Joie l’est aussi ici et ce, à juste titre tant ses chansons, à s’écouter sans compter, séduisent et exercent une amicale emprise sur nos sens, agréablement sollicités par ses ritournelles bienfaisantes.