Mild Orange « Looking For Space » (Mild Orange/AWAL, 10 février 2022).

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Originaire de Nouvelle-Zélande et notamment d’Aotearoa (nom Maori de la Nouvelle Zélande), l’un des endroits les plus isolés de la planète, Mild Orange va pourtant se donner une certaine visibilité avec Looking For Space, son troisième album indie entre dream-pop et plans éthérés, aux mélodies qui collent à l’oreille. Le disque recense en effet onze morceaux charmeurs mais aussi piquants et vivifiants, que Colourise introduit dans une délicatesse qui ne s’interdit pas les recoins bourrus. On s’envole, au gré d’un son dreamy parfaitement ficelé. F.E.A.R suit, d’une veine elle aussi dream aux atours soignés autant que pimentés. Josh Mehrtens (chanteur, guitariste, auteur, compositeur et producteur) et Josh Reid (lead guitare), membres fondateurs ensuite rejoints par Tom Kelk (basse) et Jack Ferguson (batterie), fabricants de mélopées qui s’imposent, s’y entendent et après deux opus, confirment avec celui-ci. The time of our lives (extended), à l’éclat pop alerte, ne se prive d’ailleurs pas de leur faire honneur. C’est dans cette posture à la croisée du délicat et de l’emporté que Mild Orange trouve son rang, indéniable. Du morceau surgissent des embardées noisy du plus bel effet, dues au fait que de là où il compose, le clan peut se permette de « claquer le zbeuhl » sans rien craindre en retour.

This kinda day, d’un début finaud, virevolte ensuite et place des voix rêveuses. L’effort dreamy-shoegaze parfait, pris dans un vent de fraicheur sonore imparable. Oh yeah, après lui, lançant une pop de toute beauté. On n’en fait jamais trop, même dans l’excès on se veut mesuré et ça fonctionne à plein. What’s your fire, brumeux, trace ensuite sur une voie (lactée) shoegaze qui n’en finit plus de convaincre, flanquée d’une tempête sonique merveilleuse. Looking for space est un p+++++ d’album, dont chaque titre décoche une flèche décisive. Take a moment -c’est ce qu’on fera, bien entendu, pour se gaver de l’opus en présence-, au format spatial, assure une transition linéaire. Aurora arrive, porté par ce chant songeur et des vagues sonores, et rythmiques, qui nous feront danser.


Photos Kenzie Pigman.

Looking for space, c’est acquis, mérite ses galons. On l’écoute avec grand plaisir, ses guitares sont belles et sauvages. Ses envolées méritent d’être suivies, il fait partie de ces disques dont on peine, après immersion, à se déparer. Hollywood dreams, subtil, démarre dans le ciel avant de s’enhardir et de laisser ses traits se souiller. C’est beau, bien pensé, bien exécuté. C’est de plus un tantinet exotique, de par la provenance de ces Mild Orange au sommet de leur art. Music en atteste, sur plus de cinq minutes faussement posées. On adhère déjà mais le groupe continue à user, crédible, de ses déboulés à la classe poppy écorchée. Profitons-en bien, il est l’heure de la fin de la récré.

C’est alors Photographics, dernière pépite de Looking for space, qui lentement gagne en impact et délivre une dream-pop aussi bruyante que joliette, aux voix unies. Nos amis des contrées reculées nous gâtent, leur rondelle est une galette à dévorer toute séance tenante, sans la moindre hésitation. Elle ralliera sans difficultés fans de pop, convertis au shoegaze et amateurs de dream-pop enjôleuse, au son d’une série de compositions dont aucune n’offre prise au moindre commentaire négatif.