Winter Severity Index « Disgelo » (Manic Depression Records/Icy Cold Records/BloodRock Records, 18 février 2022).

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Duo Romain, Winter Severity Index allie Simona Ferrucci (voice, guitar, synths, drum programming) et Alessandra Romeo (synths). Les deux Italiennes, dans une électro-cold vaporeuse qui sait aussi s’emballer, déposent un style certain. Disgelo, leur nouvelle oeuvre, sert de fait huit titres glacés de qualité, cold-wave mais mouchetés de shoegaze, à l’effet affirmé. On y trouve des spirales de synthés couplées à des guitares Curiennes (State of matter et sa rythmique syncopée, excellent, dont l’impact se décline dix minutes durant), des voix dans la brume, après que Solar Cycle 25 ait lui aussi, pour amorcer le trip, déroulé de beaux atouts. En saccades, de voix célestes en climat éthéré, il dévoile effectivement un charme audible, le tout sans hâte aucune. Dreamy, shoegaze, planante, l’entrée en matière est de belle facture. Après tout ça Fernweh, cadencé à côté de ses « synths » nuageux, engendre une troisième décharge de plaisir. Il se place, à l’instar du reste de l’album, entre les genres et sûrement pas pour faire style. Ses sons flottent, on navigue ici entre scories spatiales et insistance dans le tempo.

On prend bien en compte, évidente, la patte de la paire. The tide ondule, fait un peu son Disintegration dans l’ambiance qui s’y greffe. On profite, encore, d’un morceau crédible. Golden Age / Labyrinth of Memories ne l’est pas moins, cold-wave et bardé de motifs répétés. On traverse, encore et encore, une chappe de brume épaisse que les sonorités créées par les deux acolytes perforent et animent. Les guitares, bien qu’éparses, se font entendre avantageusement. L’opus sort dans nos contrées chez Manic Depression ainsi que chez Icy Cold, souvent cités en référence dans ce webzine. Cause and effect, à l’avancée lancinante, associe vagues sonores et vocaux dark. Pour un résultat, c’est une constante chez Winter Severity Index, qui marque et s’emporte de manière approuvée. Another woman suit, alerte, sur mots susurrés. C’est bien entendu de brouillard qu’il se pare, ses séquences d’obédience électro « nuptiale » bien acidulées en font un titre probant. Dans le ton, finalement, d’un disque qu’on écoutera de préférence fort et sans arrêt à la pompe.

En toute fin d’immersion Un roseau pensant, textuellement issu de « Pensées » (1670), signé Blaise Pascal, poste un canevas narratif grisé qui finit par se dynamiser sous l’effet de synthés en nappes, haut perchés, un tantinet psyché. Disgelo est le troisième LP des dames, il les honore et il importe de relever qu’elles ont joué, entre autres, avec The Chameleons, Lene Lovich, Tropic of Cancer ou encore Lebanon Hanover, preuve d’un registre qu’on ne peut que considérer et qui trouve en ces huit plages accomplies la plus belle des retranscriptions.