Cheer-Accident « Here Comes The Sunset » (SKiN GRAFT/Redeye Worldwide, 18 février 2022).

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Depuis 2003 Cheer-Accident, de Chicago, distribue du son fou. Je ne sais plus, je n’ai d’ailleurs jamais su, combien d’albums jalonnent son avancée. Je constate en revanche qu’avec Here Comes The Sunset, nouvelle fournée au six titres pas très sages, le clan se montre en pleine forme. Le funky (dans la déjante) et titubant Star Vehicle (4 Flats) initie la virée, on est déjà en terrain miné et les voix s’unissent au service d’une douce démence. Riffs crus, explosions sonores cuivrées et groove psychiatrique font d’emblée la différence, capturant l’auditoire. Celui-ci se dit alors qu’avec un tel rendu, il ne peut être que bon de poursuivre l’exploration. Maison de Velours Écureuil, soul/jazz et syncopé, rythmiquement marqué, laisse filtrer une cascade de sons vrillés. J’en profite pour glisser que le disque sort chez Skin Graft, gage de bonne santé musicale certaine. Pour appuyer mes dires Dream Police, d’un glam vitaminé que la voix de Carmen Armillas féminise, frappe fort et met en exergue le côté offensif de Cheer-Accident. Les cuivres, à nouveau, défouraillent sans trop se modérer. On arrive là au mitan des débats, dans une variété qui accroit la valeur du bazar. Le titre éponyme, d’abord flou, hasardeux, finit par développer une trame feutrée, aux reflets jazz enfumés.

A ses trousses Les Vandales de Paris, sapé comme un milord mais également sous-tendu, instaure une atmosphère de choix. Cheer-Accident répète ses plans, vire free, parait prêt à s’enflammer. Au bord du précipice, le morceau prend fin. Tout ça est passé très vite, il revient alors à Then again de finir le job avec une accroche similaire. Il use, lui aussi, de répétition et prend des abords psychés changeants, dépaysants, sertis par le chant. Soudain il éclate, devient sonique et lacère son paysage, avant de groover avec entrain et selon, encore, cette ambivalence entre le propre et des passages « salopés ». Le tout dans une attitude sauvage qui lui sied sévère. Sur Here comes the sunset, on ne peut s’ennuyer car au détour de chaque morceau, guettent de belles surprises et des variations de bon aloi. On valide donc l’effort, sans aucune hésitation, de ces routards qui après tant de temps et d’implication, de sorties live et discographiques probantes, résistent remarquablement à l’épreuve de la prise d’âge.