Chasseur « Je vous attends » (Reptile/Inouïe Distribution, 4 février 2022).

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Chroniqué ici, interviewé ici, le Chasseur de Gaël Desbois est loin d’être aux abois. Avec Je vous attends, deuxième opus où se cachent- pas bien longtemps- le velours d’un Daho et l’électro-pop d’un Depeche Mode, le tout serti de mots élevés et élaboré « maison », le rennais se fend de dix morceaux alertes, élégants mais aussi obscurs, que On rêve inaugure en flottant dans l’espace, brumeux, traversé par des voix alliées. Anne Gontier et Marina Keltchewsky sont de la partie, grand bien leur fasse car réellement, le disque se déguste sans modération. Atmosphères nuptiales, gimmicks électro sans poids en trop et thématique saisissante (l’histoire de deux enfants adoptés à Kinshasa)…enfantent, donc, un rendu à l’issue duquel on ne demandera pas son dû. Un jour, hypnotique, fait surgir des images, mentales, géographiques, et lance une boucle qu’on garde en tête. La saison des pluies, d’obédience plus directement rock, poinçonne les dispositions du Breton.

On reconnait, désormais et avec joie, la patte Chasseur. Avec La mémoire, le sieur Desbois use de motifs à la Nasser, laisse filtrer une vapeur électro sinueuse et acidulée. Palace, plus ardu, plus frontal et hérissé, nous dépose au mitan de l’album sans qu’on ait eu à déplorer le moindre manquement. On s’y attendait, on l’escomptait même: Chasseur présente une série honteusement attractive. Contrôle, de ses synthés froids et bavards, de son chant typique qui parait presque retenir ses mots -il aurait bien tort-, fait mouche avec autant de prestance. Le titre éponyme, ciselé dans une matière spatiale qui monte en puissance, t’emmène haut sans trop te ménager. Je vous attends n’est pas que son ou habiles syllabes, il est aussi voyage, culturel et émotionnel. Humain, aussi, au delà de son parti-pris synthétique qui en fait l’écorce. Humain, dans ce qu’il relate. L’avenir, appuyé, en étend d’ailleurs la conséquente portée.


Photos Anne GONTIER.

On ne peut, on ne doit pas, surtout pas ignorer le savoir-faire et l’identité du projet. Desbois s’y entend, une fois de plus ça s’entend ostensiblement. Une rythmique « coupante » étaye ici son superbe effort. Loin des collines, plus sec, plus à nu, se montre évocateur autant qu’entrainant. On note, là encore, le décor de valeur façonné par le musicien-producteur. Enfin On partira, s’il était encore nécessaire de confirmer -c’est chose faite, à vrai dire, depuis un moment déjà- sert des sons exotiques, un brouillard de synthé délectable, au moment de fermer la marche. A aucun moment Je vous attends, et nous serons au rendez-vous, n’a fait fléchir notre engouement. Chasseur, dans sa gibecière, possède à l’évidence tout ce qu’il faut pour séduire, s’installer dans la durée et cacheter son style.