The Liars Club “Of Self” (Neoprima, 18 juin 2021).

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Issu de Barrow-in-Furness, dans le nord-ouest de l’Angleterre, The Liars Club a déjà sorti un EP (Dormant, 2018), suivi d’un drame. Le bassiste d’alors du groupe, Jake, s’est en effet donné la mort peu après la sortie du disque. Dans la continuité de qu’il entreprenait avec lui, et pour honorer sa mémoire, les furieux poursuivent leur entreprise de dézingage et nous lèguent ce jour un EP remonté, qu’ils nomment Of Self. Santé mentale, addiction(s), nécessité de communiquer: le clan aborde des sujets intéressants et, à grand coups de boutoir noise-punk nourris, fait parler la poudre de bout en bout, de manière probante. Noah Johnson (voix), Daniel Milmine (guitare), Frank Kendall (basse) et Matt Southwell (batterie), dans un ensemble soudé, évoluent dans une sphère qu’on rapproche parfois de Viagra Boys ou TV Priests, pour faire court. Leur énergie est punk, leur franchise les honore et trouve ici une traduction directe, brute mais pensée, que 8 Tonne met en avant sans atermoiements. Le titre traite de la consommation de cocaïne, à l’instar dudit produit il pourrait vire générer la dépendance. Il monte en puissance, crache sa bile, se tempère sans quitter son ire. Il s’offre un bel étayage, se syncope, touche la cible “easily”.

On est bien embarqués, on se doute que le Liars Club n’est pas venu faire le Casimir. Tutankhamun, dévastateur, mêle punk-rock -dans sa vitesse- et intonations vocales à la Lux Interior en version débridée. Garage, noise, vagues touches rockab’ déchainées, chant guerrier: dans le chaudron du groupe se télescopent les éléments, à l’amalgame puissant. On s’en contentera, la marchandise est authentique et sans tromperie ni frelatage. C’est même tout le contraire: on est là dans du vrai, dans le verbe comme dans le son. Freak, aux riffs crus couplés à des motifs fins, alterne calme relatif et balles des guitares que la rythmique appuie sans vaciller. Les chansons durent peu, en revanche elles impactent un certain temps. The Liars Club a de la gouache, il ne fait pas dans l’insignifiant. Il porte un discours, dispose pour ça des écrins sonores idéals.


Photo A Supreme Shot.

PKB, entre secousses post-punk et speederies punk-rock, trouve lui aussi son strapontin, donc son assise. Le riff est à nouveau tranchant, l’urgence de mise. Il breake, puis s’embarque dans une envolée percutante mais mélodique. Bien ficelé, Of Self oblige à pousser le volume pour en extraire toute la force. Cactus, de guitares assassines en nuances tendues, en vocaux sombres et temps de retenue, tire une cinquième salve aussi concluante que tout le reste. On est dans un enchainement sans lacunes, à la fin du morceau la basse amorce un délire de fin impossible à endiguer. On ne s’y essaiera d’ailleurs pas, il est préférable de se laisser terrasser. The Liars Club nous refile alors une version étirée de 8 Tonne, qui jette une nouvelle brassée d’huile sur le feu.

Incendiaire mais pas linéaire, le quatuor bazarde tout ce qui bouge et signe une série de chansons robustes, au son desquels il peut bomber le torse, fier d’en être à l’origine. A l’heure où les scènes, doucement, réouvrent leurs portes, il est bon de savoir qu’avec de tels trublions, on peut d’ores et déjà se prédisposer à des giclées live salvatrices, ayant pour base ce Of Self solide à bloc et une bordée de titres de haut vol également tirés de la sortie précédente.

Site The Liars Club