Hélène Barbier “Regulus” (Celluloïd Lunch/Michel Records, 18 juin 2021).

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Musicienne française installée à Montréal, auparavant active chez Moss Lime et Phern, Hélène Barbier sort, deux ans après Have You met Elliott ?, ce Regulus vivement intimiste, dont l’écoute me rappelle par moments le minimalisme enthousiasmant d’un Young Marble Giants. Entre post-punk dénudé, pop dans le vent, “avant-pop” (quand on saura à quoi le terme renvoie…) et chant en Français ou en Anglais, la Dame aligne les perles faussement tranquilles, lo-fi, qui font de son album un bijou que La peur, chargé d’en lever le voile, présente déjà avec une foutue tenue. Léger autant qu’animé, post-punk, dirait-on, et borduré de cold, il préfigure un registre hautement personnel aux jolis reflets ombragés.

On passe à la langue de Shakespeare avec Jersey swap qui comme l’album dévoile, au fil des écoutes, mille et une richesses sonores. Et un climat, en trompe l’oeil, façonné avec brio. Rambling On, suivant cette légèreté qui n’est pas la seule “fripe”, loin s’en faut, du morceau, valide ainsi l’identité fort plaisante d’Hélène Barbier qui, de plus, est ici bien entourée. Si elle assure, à elle seule, voix, basse, guitare, synthé et shaker, à elles se joignent en effet Joe Chamandy, Thomas Molander, Samuel Gougoux, Diana Gerasimov, Ben Lalonde et Olivier Demeaux (Cheveu). Un team indé résolue, toujours prompte à aller tâter du terrain inédit. Et qui, sur Regulus, s’y consacre brillamment.

Ainsi Equal sign, qui n’aurait pas dépareillé sur un Colossal youth, réitère t-il sur un ton brumeux, éthéré, la recette qui permet, en l’occurrence, un rendu supérieur. Le titre éponyme, entre guitares aux gimmicks bonnards et chant délié, fait à son tour sensation. Dans sa posture en apparence posée, Barbier met de l’acidulé. L’idée porte ses fruits, ailleurs elle se fait, d’ailleurs, plus ouvertement offensive. Unbolted cover, paré des atouts maison, se saccade et offre des notes singulières. A chaque morceau entendu, on a droit à des trouvailles qui restent en tête. Le canevas est volontairement fragile, lo-fi comme dit plus haut, sans graisse ni frime. Get a grip, dont la basse groove, a des airs jazzy libres, finauds mais animés. J’ai cru, à la lecture du nom de l’artiste, à un registre chanson insipide. Je l’ai même craint. Mais ça vient du Fun Club, agence de promo crédible et inspirée. Je suis donc passé à l’écoute, illico. Je suis bien loin de le regretter.

Lightly, vivace, regorge de ces sonorités, addictives, qui créditent Regulus. Les orties pique, sans se hâter et presque amicalement. Il se saccade, livre derechef des sons attrayants, une atmosphère qu’on se plait à investir. Palissade démontre une npouvelle fois que notre langue, autrefois décriée, sied au registre et n’écorche nullement le résultat. L’agitation tranquille, ou flemmarde, de Regulus, ses poussées de fièvre, ses textures en font un p++++ de disque. Tout simplement. You little nothing, reprise de The Gories, est parfaitement dans le ton de l’opus. On s’éprend, on s’entiche du répertoire d’Hélène Barbier, qui sur cette cover vire noisy et bruisse sans retenue. Avant, dans le chant tout au moins, de retrouver une forme de sérénité. Du tout bon, as usual serai-je tenté de dire. J’affectionne la découverte, celle-ci en est une de choix. Carpet la borde, tout en saccades paresseusement nerveuses.

Le tour est joué, l’essai du premier “long play” confirmé et ce, avec un talent jamais pris en défaut. Regulus est une belle offrande, tantôt rugueuse, tantôt lancinante, à d’autres endroits légère, qui donne à Hélène Barbier et son équipe de nouveaux galons mérités. Notons qu’une seule écoute, s’agissant du disque en question, ne peut suffire à en extraire toute la sève. Ce n’est qu’au terme de plusieurs passages qu’il se livre, complètement, et laisse filtrer tout son pouvoir d’attraction. Au bout de l’effort, on a le plaisir d’auditionner, et de tirer profit, d’une rondelle se situant au delà du niveau exigé pour rallier tous les suffrages.

Bandcamp Celluloïd Lunch / Bandcamp Michel Records