Lothar “Distorsion” (Autoproduit, 18 juin 2021).

0
285

Lothar est né à Metz, il a grandi dans la verdure et a pu ensuite devenir ingé son, mais également arrangeur/réalisateur pour les formations suivantes: Grand Blanc (2011-2016), Bagarre (2014-2020), Pépite depuis 2016, Voyou depuis 2017 ou encore Polo & Pan en 2018. Aguerri, il développe en solo et avec l’aide de Margaux, dessinatrice, un univers où le mot a son importance, où les traces cold côtoient la pop aérienne, entrecoupé de quelques soubresauts électro. Distorsion, évoqué ici, recueille tout ça avec bonheur, souvent, suite à deux premiers EP. De manière dansable, aussi, et acidulée quand le gaillard, à l’instar du clan messin cité en tout premier dans ses références, libère les décibels et vrille son registre (l’excellent Etre prêt, en ouverture). C’est à mon sens là, dans ces coulis grésillants, dotés d’atours célestes ou tapageurs, qu’il est le plus crédible. Ses encarts, sans ménagement, conjuguent alors cold et indus avec de l’aplomb. Je le suis moins volontiers quand, plus poli, il se fait plus mélodieux (Dans le noir). Sans être négligeable, loin s’en faut, le rendu est à ce moment moins marquant même si bien troussé.

C’est avec Cinéma, qui ne le fait pas (son cinéma), qu’on replonge dans des eaux viciées. Electro-cold, texte loquaces, débit soutenu. Du Grand Blanc, pratiquement, comme au temps d’Aurore. J’adore. Mais Lothar, changeant, aspire aussi à du plus climatique. Océans va en ce sens, il ondule tranquillement, sereinement en dépit de quelques soubresauts. Globalement, la balance entre les options permet à Lothar, vraiment pas gauche, de s’en sortir avec les honneurs. Le titre éponyme marque le mitan de son ouvrage avec des tons à la…Grand Blanc, à nouveau. Ce n’est pas pour déplaire, on connait le talent des géniteurs de Mémoires Vives et Image au mur. Bourdon, trituré, en tutoie d’ailleurs l’excellence. Son verbe porte, ses sons dévient: c’est là, exactement là, que Lothar convainc sans forcer et (me) persuade durablement.


Photo Hélène Mastrandéas.

Vésuve, sans entrer en éruption, prolonge le trip dans les chemins de traverse. Il est bon, bien meilleur que dans les sphères normées, d’y errer. On y traine donc, on s’y attarde même, sans râloter. Partie de toi, à sa suite, marie le “sage” et la fissure. Lothar dit des choses, dignes d’être prises en compte tout comme ses sonorités, en marge donc estimables. Même Burin, en essai spatial au chant léger/robotisé, suscite un peu plus que la curiosité. Distorsion, écouté avec implication, dévoile bien des atouts. Dix titres c’est toutefois court, ça évite aussi de remplir en sombrant dans l’insipide. Ici, l’écueil est franchi sans gros encombres. Azazel, électro-pop animée, termine -déjà- le premier long jet de Nathan Herveux, alias Lothar, sans démériter ni faire flancher un Distorsion de belle tenue, cimenté par des titres solides et efficaces, qui plus est rarement convenus.

Page Lothar