Corpus Delicti « Sylphes » (Réédition. Cleopatra Records, 12 mars 2021).

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Deuxième album, si je ne me trompe pas, des Niçois de Corpus Delicti, Sylphes fit suite, en 1994, au premier jet que constitua Twilight, l’année précédente. Sorti comme son prédécesseur chez Glasnost Records, il fait aujourd’hui l’objet d’une réédition, via Cleopatra Records, qui nous remet dans la caboche le divin son goth et pas uniquement, loin s’en faut, du combo sudiste. Je ne tergiverserai donc pas, Patience et son organe Bowien obscurci, ses traits gothrock prononcés, pistent notre goût pour le son « dark » avec à propos. Le morceau se pare de basses charnues, affiche de l’allant, d’une dualité vocale bienvenue en masculin-féminin, et fait mouche de suite. The lake enchaine sur un ton plus bridé, en suivant une voie plus climatique. En deux titres et pas des moindres, on a déjà un aperçu fidèle, et bien campé, de ce que Corpus Delicti aime à pratiquer. Les synthés de Of All Desperations en introduction, puis ses six cordes aux trames bavardes, sa vigueur rythmique, posant ensuite un troisième pavé solide sur fond de chants délirants, hurlés, enfiévrés. Le haut du panier de la mouvance, assurément. Saraband, d’une batterie en syncopes à un fond cold moucheté de gimmicks au delà du plaisant, validant les capacités d’un combo qui, en une époque où le rock à guitares prédominait, et en dépit d’une existence assez brève, a incontestablement marqué de son empreinte la scène de chez nous.

J’en profite pour glisser qu’outre cette ressortie, le Twilight nommé plus haut a également été réédité, ainsi qu’un disque de raretés valant toute notre attention. Revenons toutefois à Sylphes, qui livre un second titre atmosphérique avec The Smile Of Grace. Lequel, au beau mitan d’assauts nourris, trouve son rang sans dénoter. Et apporte, dans un déluge de sons sombres de valeur, une touche de relative « luminosité ». Un Circle bouillonnant, de toute façon, renouant avec une folie vocale et musicale qui n’est pas sans (me) rappeler les Tétines Noires. Fin bien, comme on dit dans mon coin; Corpus Delicti, revenu dans mes souvenirs par le biais de la lecture poussée des Carnets Noirs qui me valurent des nuits quasi blanches, est maître de son créneau. Noxious, entre finesse de ses motifs et vagues tumultueuses, ne me fera pas mentir. J’y entends, avec délices, des airs de Sisters of Mercy. Entre le froid prenant d’un First and last and always et le plus « claviertisé » d’un Floodland. Mettons-nous bien en tête, cependant, que le quatuor français ne doit rien à quiconque. Dusk of Hallows, dans une brume vive et viciée, l’illustre bien. Sylphes offre un éventail divers, tout en ayant le bon goût de mettre l’offensif en avant.

Red, ainsi, se…tempère. Insidieux, fort de guitares acides et d’une basse à nouveau massive, il étend adroitement le champ d’action de l’opus. Dont les reflets noirs, les quelques trouées de lumière, auront vite raison des éventuels récalcitrants. Que The Awakening vaincra, sur près de six minutes fougueuses après s’être faites attendre, au gré d’une amorce prolongée. Corpus Delicti, ici, alterne le retenu et des charges plus brutes. Avec panache. L’éponyme Sylphes, presque dark-folk et ceci de fort belle manière, concluant l’ouvrage en renvoyant la même force de persuasion. Excellent, j’irai jusqu’à dire incontournable, Sylphes remet au goût du jour un contenu qui encore aujourd’hui se montre en capacité d’aller fesser les arrière-train des groupes de son courant de prédilection.

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