The Telescopes “Songs Of Love And Revolution” (Tapete Records/Bigwax, 5 février 2021).

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Douze albums, trente ans de carrière. Respect. Songs of love and revolution, nouvel opus chez Tapete Records? Respect à nouveau. The Telescopes voient loin, pourtant la vision pourrait, à l’écoute de certains titres de ce disque, se figer, les yeux se fermer sous l’effet de lentes salves brumeuses, psyché et ralenties comme peut l’être, par exemple et entre autres, Mesmerised. L’effet est affirmé, This is not a dream, lourd et fuzzé, aura d’abord montré la voie dominante: psyché, shoegaze, sonique, vaporeux. Dans ces registres, on sait faire et l’expérience nourrit le rendu, souvent au dessus du tas. Des airs de Mary Chain surgissent: dans les guitares, dans ces vocaux comme chloroformés. Pas d’ambigüité, pas de tromperie sur la came: le produit est pur, sans concessions. Strange Waves pose sa lancinance, le psychédélisme de la clique se salit, se vautre dans des grattes baveuses. Son effet est irrépressible. Come bring your love, en deux parties distinctes, émerge du brouillard. “Dirty” après s’être clarifié, alerte après avoir débuté paresseusement, il accentue l’impression de décollage, de traversée de la stratosphère à vitesse très réduite. Sans rien créer, The Telescopes démontre qu’il est souverain dans l’exercice.

This train, aussi bruitiste et céleste que le reste, ne déroge pas à la règle. Un chant murmuré l’orne, des guitares une fois de plus en crue en dégueulent. Le titre éponyme, dans la même lignée, en remet une strate. Chant comme lointain, lézardes “maison”, la recette est connue mais fonctionne sans discontinuer. You’re Never Alone With Despair, clair-obscur, propret et maculé, lorgne vers les 70’s. Le ralenti des morceaux, s’il pourrait lasser, provoque la dépendance chez celui qui n’aura pas décroché. Hypnotique, Songs Of Love And Revolution ne rate pas sa cible. Il nous passe à l’éther, nous baigne dans une mare de guitares bruyantes, ponctuées par une basse massive. We See Magic And We Are Neutral, Unnecessary, presque “speed” en comparaison des titres précédents, se boursoufle, place des incartades noisy en vagues. Il est difficile, dès lors qu’on a mis le nez dans ces neuf titres, d’échapper à leurs effluves.

Le dernier d’entre eux, un Haul Away The Anchor court, s’en tient à une sorte de drone sans relief. Aux limites de l’éprouvant, plus proche encore de l’excellence dans un style maîtrisé, l’opus capturera, par ses morceaux engourdis et ses trainées de lave sonore, les sens de l’auditoire. On en ressort un peu tourneboulé, l’immersion n’est pas sans conséquences mais le niveau général élevé de ce Songs Of Love And Revolution engendrera, sans nul doute et à terme, une adhésion inconditionnelle chez les aguerris.

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