Manikineter “Copper Fields” (Solium Records/Atypeek Music , 11 septembre 2020).

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Rodé aux projets divers, qu’ils soient hip-hop ou métal, tous déviants quoiqu’il en soit, Carl Kavorkian est à la tête du projet Manikineter, dans une veine noise/hip-hop aux vocaux beuglés et traces sonores qui, entre les morceaux, assurent leur lien dans un bruitisme assumé. Copper Fields est son deuxième album, il ne laisse planer aucune forme de doute quant à son extrémisme sonique. C’est en effet un fracas noise-indus qui inaugure le meeting du gaillard avec son auditoire, d’ores et déjà agressé sans qu’il ait à s’en offusquer ou presque. La brève amorce précède Bait & switch, rap enrobé de bruits angoissants. Un peu à la Moodie Black, Kavorkian bâtit des chapes lourdes, oppressantes, qu’une électro rampante vient orner. Son chant, changeant, explore un terrain vaste. Please hold, comme plus loin Termination notice, affiche des crissements qu’un Sonic Youth aurait approuvé, développe un drone exigeant pour les écoutilles. Il faut être aguerri, en l’occurrence, pour digérer le tout. Your account is past due grésille, refuse la facilité et la classification. Ses voix malades, ses rythmes et climats hagards, illustrent bien la démarche de Manikineter.

Sick cash se montre moins poussé dans ses écarts sonores (quoique..); il éclaire quelque peu l’ensemble, et délivre un rapnoise imparable. Ses motifs obsèdent, répétés. Blood from a stone visite lui des territoires dédiés au bruit, aux stridences exemptes de chant. Nombreuses, trop peut-être, ces interludes, si on peut dire, illustrent les penchants récurrents de l’artiste pour les sons triturés, jusqu’au boutistes. Welcome to a world of hate, où le chant sombre dans la noirceur et les hurlements, est en phase totale avec son intitulé. Avec 53 card pickup, on respire…ou presque car il ne s’agit surtout pas, dans le monde de Manikineter, de céder le moindre centimètre aux conventions. Néanmoins, on y évite ces sonorités extrêmes, pour un format plus accessible que l’électro vrombissante de notre homme accompagne.

Pissing into the wind, après ça, s’en remet à la noise, à l’indus dont émergent des voix qu’un combo black métal aurait intégrées avec joie. Il est évident que Copper Fields est réservé à ceux qui ne reculent en rien devant l’écart, récurrent. Les dites voix bordent How many licks, saccadé, puis muent en un chant plus proche de la norme sans toutefois l’embrasser. The room of spinning tables est un puits, sans fond, de gris et de noir. Diantre, je suis à deux doigts de rendre les armes, d’aller m’allonger pour récupérer de ce bazar de sonorités sans joie, acculées dans les cordes. CHUD m’en empêche, de son électro hip-hop au débit une fois de plus oscillant. Dommage que ce type de morceau, réellement attractif, soit ici parcimonieux vu la fréquence des plages qui grincent et crépitent jusqu’à la déraison.

C’est d’ailleurs sur ce registre que There’s nothing left termine le boulot, sur à peine plus d’une minute. Voix hurlante, magma sonore fumant, opaque, assurant de concert une issue marquante, au bout d’une série de titres porteurs d’une révolte que leurs bruits poussent à son paroxysme. Un peu comme pour asséner au monde que c’en est trop, il est grand temps d’ouvrir les yeux et de s’opposer à une multitude d’éléments qui nous pourrissent le quotidien.

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