Thurston Moore “By the fire” (The Daydream Library Series/Cargo Records/Differ Ant, 25 septembre 2020).

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Nouvel album solo d’un Thurston Moore qu’on ne présente plus depuis belle lurette, By the fire voit la légende issue de Sonic Youth s’entourer avantageusement. En effet, Debbie Googe de My Bloody Valentine (basse/voix), l’éternel acolyteSteve Shelley (batterie), Jon Leidecker aka ‘Wobbly’ de Negativland (claviers, électronique), James Sedwards (guitare) et Jem Doulton (batterie) sont de la partie. Ensemble, ils bâtissent des trames dont la durée varie sensiblement, entre quatre ou cinq minutes et dix sept, mais dont la rugosité et l’extrême qualité, elle, demeure. Hashish introduit les débats en faisant valoir, bien entendu, des notes à la Sonic Youth dans les guitares, magiques. Le début est clair, puis le ton se durcit et rugit. La voix de Thurston, caractéristique, surgit. On navigue entre clarté et dissonance, sur une cadence alerte. Les six cordes, comme attendu, tissent des plans attrayants. Après ça Cantaloupe, s’il rappelle Sonic Youth, dégage des airs clairement 70’s, qui lorgnent vers le “hard” de l’époque. Un solo tranchant et trippant orne la chanson. En s’aventurant hors-champ, j’entends par là hors de son cadre habituel, Moore et son groupe enchanteront l’amateur de rock qui serpente et dévie. Breath, sur plus de dix minutes, en présente la facette la plus accessible, selon un climat lancinant. Mais passé son amorce, il se fait noisy. Chez Thurston, le champ est non seulement maîtrisé, on le savait, mais entièrement addictif.

Les bourrasques guettent, elles surviennent bien entendu et on s’en gave jusqu’à plus faim. Lui succèdent des parties non pas sages, loin de là, mais un brin moins bruitistes. Le terme du morceau, cependant, explose en une gerbe de sons crissants. Sur ses formats étirés, By the fire nous réserve de superbes surprises. Siren renvoie tout à la fois beauté, zébrures noisy “maison” et “schizophrenia” dans son alternance cohérente entre ses orientations. Passé les éclairs, on en revient à une forme de sérénité, à des cieux d’un bleu assombri. Calligraphy renoue avec une durée restreinte, moins changeante et pas moins plaisante. L’éruption s’annonce sans se produire.

Locomotives, ouvertement expérimental, évoquera le Sonic Youth des débuts. C’est le plus long des morceaux livrés, le plus noir….avant que son propos n’amène un ton plus “lumineux”, valorisé par l’organe vocal de Thurston. Au moment où l’atmosphère déliée parait prendre le dessus, un fracas noisy déboule. Des guitares mi-sauvages, mi-lyriques lui font suite, splendides. Le “band” est uni, acquis à la cause d’un rendu insubordonné, imprévisible dans les chemins qu’il suit et définit. Et bim!, la toute fin de l’essai laisse le bruit inonder les écoutilles. Dreamers work, à l’issue, a presque des airs de comptine pop. Il est en effet plus songeur, détendu. On ne reste toutefois pas bien longtemps sur ces tonalités posées: un excellentissime They believe in love (when they look at you) voit les guitares faire leur gammes, libres de ton. Elles font sensation, l’ex-compagnon de Kim Gordon leur offre avec sa voix un bien bel écrin. A l’écart des formats tracés, l’équipe évolue dans un cadre qui lui sied parfaitement. Le résultat, de haute volée, s’en ressent.

Et puisqu’on ne fait rien comme ailleurs, ici, on termine sur un effort étendu, nommé Venus. Un instrumental qui monte en puissance jusqu’à atteindre les sphères psycho-soniques. By the fire est pour moi une oeuvre de haute volée, occasionnellement sereine, la plupart du temps bouillonnante, entre guitares déchaînées et vocaux flemmards. Son parcours entre quiétude trompeuse et débauche sonore enchanteresse en fait un superbe disque, qui consacre l’épopée solo d’un Thurston Moore à l’inspiration bluffante et à l’activité foisonnante.

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