Las Kellies “Suck This Tangerine” (Fire Records, 27 mars 2020).

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Duo féminin de Buenos Aires, en Argentine, Las Kellies se compose de Cecilia Kelly (bass, guitars, vocals) et Silvina Costa (drums, percussion and vocals). Les deux dames sortent des disques depuis juin 2011 et leur album éponyme initial. Elles ne sont donc pas nées de la dernière pluie et ce Suck this tangerine, avec lequel je les découvre, oscille victorieusement entre dub, garage et post-punk, doté de forts relents dansants. Signées chez Fire Records, bon point évident, elles débutent au son dub acide de Closer. Des bordures cold le jalonnent, la basse y joue des notes rondes, très en vue, alors que la guitare brode des canevas aux riffs à la Gang of Four. Idéalement lancé, l’album se fait plus vivace encore avec Funny money. Des bruits et rythmes malins le surlignent, il est de plus extrêmement vivifiant. Dans le chant, on pense aux B 52’s sur on ton moins barré. Tout ça est savamment entrechoqué pour la cause, louable, d’une musique hybride et devant autant aux late 70’s qu’au début des 80’s mais aussi, avant toute chose, à l’adresse de la paire à nous préparer des chansons sans flottements.

Baby, d’ailleurs, le confirme en se passant de tout rajout. Basé sur des détails certes décisifs, mais épars, Las Kellies bâtit son propre embarcadère et met le cap sur des contrées attrayantes, parfois empreintes de douceur dans leurs voix “de filles”. En y ajoutant le rugueux nécessaire, le groupe parvient à ses fins. He’s who’s, exotique, installe des percus agiles, breake en mode dub. Matrixland ondule, les guitares y mordent à nouveau, dans l’économie d’accords. On est preneur, Las Kellies est d’autant plus attirant que le territoire argentin ne fait ressortir, pour l’heure et à ma connaissance, que peu de formations méritoires.

Despite plaira autant par ses saccades, sa féminité bien indé, écorchée, et bien entendu ce format au carrefour de styles dont la rencontre s’avère aboutie. Charade, rapide, trace sur une voie post-punk mais aborde des rives dub. Il place des soubresauts inhérents au second genre cité, laisse dériver ses sons en vrilles d’une texture adroite bien que pas droite. Sans se formater, Las Kellies paraphe un disque cohérent, chante à deux comme à la parade (Rid of you), et fera se trémousser les ressortissants de son pays. Et pas seulement, ses tournées l’amenant sans nul doute à conquérir d’autres lieux plus éloignés de ses bases. Le potentiel est là, il est même complètement confirmé. Elles nous disent Rid of you, on reste à l’écoute malgré le constat. Weekdays nous donne raison. Si le propos varie peu, la recette est suffisamment pertinente pour entériner la sortie, enregistrée qui plus à la maison.

C’est du home-made donc, Cecilia et Silvina n’en ont que plus de mérite encore. Elles traitent, en plus, de sujets intéressants; crise sociétale, relations faites de hauts et de bas sont évoquées et l’ex-Las Kellies Julia Worley apparaît même sur Close talker, dernier morceau des douze livrés. Un dub chaloupé aux jolis choeurs, que précèdent deux autres plages: Let you go, sautillant, puis White paradise, assagi, syncopé, aux vertus psych-dub estimables. Ca ressemble aux Slits, tout ça, et ce n’est pas pour nous déplaire.

Les demoiselles étaient par ailleurs sensées tourner en Europe, en ce moment même; on espère d’une part qu’elles le pourront et on se tient à l’affût de dates proches, prêt à aller s’agiter à l’écoute de leur musique bien troussée et d’un opus qui fusionne sans fléchir.

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