Sweet Spirit “Trinidad” (Merge Records / Modulor, 29 mai 2020).

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Groupe texan incluant 6 membres impliqués par ailleurs dans divers projets, Sweet Spirit sort avec ce Trinidad son premier album. Son activité discographique remonte cependant à 2015 où un premier EP est né jusqu’à, donc, cet opus varié, léger et soniquement joueur. Un bonheur, doux et acidulé, de styles et climats divers, allant du quasi-slow un brin funky et superbe (Coincidence) à des choses plus enlevées alors que Behold, en ouverture, impose son ton aérien et saccadé, souligné par le chant délicat de Sabrina Ellis, à l’origine du groupe suite à son expérience au sein du clan A Giant Dog où le répertoire était garage-punk. Sans être très offensif, l’album dégage cette immédiateté plaisante, ce sens de la chanson qui accroche. Soft-rock en ouverture, vernis pop de bon aloi, clins d’oeil au blues et à la funk (l’amorce de Fear is a lie, excellent et plutôt alerte) et bien plus encore; c’est un patchwork, inspiré, d’influences. De sons aussi, pour lesquels le combo démontre de belles dispositions.

Trinidad est un album qui donne le sourire, sème de la joie (il en faut, on ne le niera en aucun cas). Un peu décousu, certes, mais taillé dans un joli tissu. No dancing, menteur dans son intitulé, fera danser et chantonner. Essai qu’on qualifiera d’électro-pop, chanté à nouveau d’une voix presque adulescente par la fondatrice du projet, il se veut simple et touche la cible. On y a droit, comme souvent ici, à une envolée sonore de belle facture, brève, inspirée et “toute bête” en apparence. Sauf qu’elle fait la différence, à l’instar de nombreuses autres incrustes placées dans l’album.

Ainsi Fingerprints, qui suit, fait-il dans le suave estimable, orné de belle manière par un saxophone. On y adjoint un peu de piquant et pas besoin de plus; l’affaire est pliée. Danny Blanchard (batterie), Andrew Cashen (guitare, voix), Sabrina Ellis (voix, guitare), Jon Fichter (basse, voix), Jake Knight (claviers) et Joshua Merry (guitare, voix) ont visiblement trouvé la formule. Sur Llorando, virevoltant, les synthés brodent des trames 80’s, violon et pedal-steel amènent une coloration inédite. C’est réussi.

Frais et charmeur, gentiment excentrique, Trinidad vaut aussi, bien entendu, par son chant sucré. Y2K en use, dans l’union avec des choeurs et machines aux gimmicks à la B 52’s. Un chant hispanisant “de décor” le rend dépaysant, sa loufoquerie mesurée en fait un essai irrésistible ou presque. Only love, un peu 80’s tout comme l’ornement de Llorando, tient également le cap. On trouve des mélodies enjôleuses, avec Sweet Spirit, un peu partout dans ses chansons. On attendra vainement l’embardée sauvage, l’opus des Américains ne s’y destine pas. Mais en lieu et place, de belles ritournelles jamais trop normées exerceront leur attraction.

L’effort est cependant bref, seul neuf titres y trouvent place. Empty bottle y mettra fin sur une note funky-pop, enjouée et déviante d’un point de vue sonore. L’écoute est agréable, elle génère un bien-être certain et gagne l’auditeur de par son espièglerie, ses mélopées bien ficelées et, belle idée, quelques encarts cuivrés pas moins judicieux. Un petit concentré de pommade pour l’âme, forcément approuvé en ces temps de crise auxquels l’un des seuls remèdes fiables tient en un son réconfortant.

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