Soccer Mommy “Color theory” (28 février 2020, Loma Vista/Caroline).

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Née en Suisse mais ayant grandi à Nashville où elle fréquenta la Nashville School of the Arts, y apprenant la guitare et jouant dans un swing band, Sophie Allison, aka Soccer Mommy sort avec ce Color theory son 2ème album. Il y est question, sur un ton étonnamment léger mais acidulé, de résilience. Le passé traumatique de l’artiste est en l’occurrence exploré, affronté et presque exhumé. Le disque, qui s’adresse aux oubliés et rebuts de la société, évoquant de façon réjouissante la pop-folk indé d’une Liz Phair. L’allégorie y est présente (Night swimming), c’est une forme de refuge contre le mal existentiel et son contenu, doucereux mais aussi enlevé (un Crawling in my skin à la pop-rock entièrement probante, piquante), parviendra à ses fins: apaiser, protéger, accueillir en ses notes inspirées le trauma. Bloodstream, tel les morceaux les plus “folky” d’un Exile in Guyville, mais de manière animée, prend les devants et harmonise chant, caressant, et instrumentation à la fausse politesse. Circle the drain, avec sa parure lo-fi avenante, nous drape dans le coton d’une pop encore une fois belle, certes, mais dans le même temps rugueuse.

C’est perceptible, Soccer Mommy trouve dans son tourment une belle inspiration. Royal screw up, dénudé, joue lui aussi la carte du vrai, de la mise à nu. Aucun artifice dans l’effort d’Allison, qui tire à la source du vécu et ne fabule jamais. Joliment serti, Color theory se dispense de toute surcharge au profit d’un jeu sobre et authentique.

Yellow is the color of her eyes joue un air presque psyché, aérien, d’une entraînante lascivité. Des épreuves, on fait ici des perles, fugaces mais véritables, qui génèrent le bonheur. Lucy, plus loin, renvoie ce même éclat poppy un peu impoli, ou dépoli, qui fait l’attrait d’un disque dont les compositions à aucun moment ne lassent. Il se pare même d’envolées ébouriffées, de parties riffées/rêveuses, du plus bel acabit. On suit d’ailleurs volontiers la Suissesse d’origine quand, mutine, elle dérape. On entend, dans les arrangements, un désir de dégrossir, de s’en tenir à l’essentiel. Ca la rend d’autant plus crédible. Stain, sur ce ton trompeusement tranquille, crée une atmosphère épurée. A l’image de cette vidéo de Circle the drain ou l’intéressée joue, seule avec sa guitare et son ampli, dans un espace désertique. Et déserté.

Indéniable réussite, Color theory trouve, déjà, son terme sur un Gray light délié, aux touches électro discrètes. On est à nouveau, ici, dans une trame lo-fi dont semblent émerger les bruits extérieurs, comme si lors de l’enregistrement une part avait été laissée à l’imperfection. Havre de paix aux sons indé engageants, l’album ne pêche que par la trop grande parcimonie de ses embardées entièrement rock. Pour le reste il séduit, exerce une belle attraction et certifie les prédispositions de son auteure à user de ses maux pour en rendre une copie sincère, souvent brillante en dépit de ses sources chaotiques.

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