Powersolo “Seven Inches From Heaven” (21 février 2020,Crunchy Frog Records/Differ Ant).

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Powersolo. Cela fait maintenant plus de 20 ans que ces Danois fous sont présents. 20 ans qu’à chaque sortie, à chaque live endiablé, ils nous mettent dans leur poche. Facile, me direz-vous, avec un rock aussi bien mitonné, brut et racé, qui n’hésite jamais à zieuter vers des contrées blues, garage ou country, pour faire court, sans jamais se désunir. Et ce même sur un recueil de faces A et B, de 7 pouces rares qui foutent le bazar comme l’est ce Seven Inches From Heaven du niveau, largement, d’un album studio. On pourrait d’ailleurs quasiment le considérer comme tel, si ce n’est qu’il présente un côté légèrement plus disparate. Pour, à l’arrivée, vaincre toute tentative de résistance avec ses 18 plages sans âge, à l’impact déjà multiplié par Step back qui, garage et rétro avec le panache à la Powersolo en sus, nous permet de renouer avec la maestria de Kim Kix et compagnie. Lesquels s’amusent ensuite avec la country-rockab (B.R.O.W.N.), tout aussi magistralement, et finissent leur trio introductif aux notes d’un Jungle mungle bluesy très fin. Qui, d’un seul coup, s’emballe façon western. Parce que chez ceux-là, on est aussi versatile; si les humeurs changent, le contenu, lui, reste perché dans les sphères de la fiabilité. On prend ainsi une belle goulée de rock direct et stylé, à la voix typée (Donkey dawg), aux reflets rockab’. Puis Speedway, avec ses voix unies, tape dans le mille de par son énergie, son groove impossible à endiguer.

Ca twiste (Juanito (Original Djursland Recording)), les mecs jouent comme des vétérans, qu’ils sont et qui assurent sans discontinuer. Dans la maîtrise donc, en signant au passage et sans en avoir l’air une bordée de chansons imparables. A la folie d’un Cramps (Wow Wow Baby ou encore Need to know) répond un Possessed By Bo Diddley où Powersolo, chez qui personne ne se la joue solo, dynamite le son de l’intéressé. Ceci leur permet d’ailleurs d’en arriver à l’exacte moitié de leur collection, fringante, avec un détendu Glædelig jul allesammen. Leur langue natale y amène du cachet, l’essai se fait jazzy et entérine la classe totale d’un groupe exemplaire qui aura tôt fait de plaire.

Beam mig op Jesus reste sur cette note veloutée, Fuzz Face trace et replace la vigueur sautillante au coeur des débats. Le groupe joue vrai, on croirait par instants y être. Acid Trip rappelle les Stray Cats, dorure country en surplus. Les parties instrumentales font mouche, justes et brèves. Le ton y est dosé, l’inspiration guide Powersolo vers le meilleur en termes de composition. Le tout dans la simplicité, sans aucune démonstration à la noix. Ou suivant une punkitude (Backstab) débridée, servie par des guitares qui tranchent dans le vif du morceau. Jonglant entre les genres à partir d’un socle rock, les gars d’Aarhus réalisent une nouvelle prouesse; celle de tout bien faire quel que soit le chemin emprunté. Que Big Butt Bonnie, illumine de son rock garage plein de jus, fou et entraînant. Rien, sur ce disque complet et généreux, ne nous fera bailler.

On s’éprendra même des envolées lustrées du gang, telle celle de Chronophobian Waltz. On le sait performant, aussi, dans ses efforts posés. On le préfère, on l’avouera, quand il percute et libère les chevaux. Mais en levant le pied, il continue à étinceler. Nedtur, frontal et punky, prend comme me faire médire le contre-pied de l’option tranquillisée. Il ralentit, brièvement, et galope à nouveau en mode lo-fi sans un regard dans le rétro. Got A Sack O’ (Dope Hidden In My Ass), ultime régal jazzy-bluesy qu’on verrait bien joué dans un cabaret enfumé, concluant l’affaire en servant de magnifiques envolées, tenues et acérées. Lesquelles consolident Powersolo, qui n’en avait pas forcément besoin tant son parcours parle pour lui, dans son statut de clan aux capacités jamais prises en défaut.

Bandcamp Powersolo