Ravachols 2.0 – Ravachols 2.0

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Il est désormais nécessaire de s’émanciper stylistiquement pour durer, pour convaincre et en ce sens, les trois mecs de Ravachols 2.0, aidés par leur entourage pour la sortie de ce premier long jet, font largement honneur à ce principe. Inqualifiables, oscillant avec brio entre noise, dub, electro et rock griffu, Bastien aka Kiendathu aux machines, Seb à la guitare et StefBeatman” aux futs paraphent un album dont les six titres, bardés de samples vocaux bien pensés (on en trouvera même un des Thugs sur H2 Guerre…), se hissent à un niveau élevé et précèdent quatre remix non-moins intéressants.

Ultimate fight et son tempo appuyé introduisent efficacement, entre force et groove, la danse déviante du trio, à a la fois imaginatif et encanaillé, dont les incursions énergiques dans le son ou contestataires dans les voix (Free Tibet puis le rageur Marche combattante, entre autres réussites hybrides) réveillent les penchants punk insoumis issus d’une période qui, à tous les trois, leur est chère. De vieux punks il s’agit, en effet, et Ravachols 2.0 adjoint à cet esprit old school la modernité dans le style. L’amalgame est excellent, souvent alerte, parfois plus climatique (Psychic oscillator), et chacun se met au service du collectif sans en rajouter. C’est compact, c’est aussi dangereusement dansant, et ça produit un effet durable, aussi hypnotique qu’énergisant et d’autant plus estimable que le genre, singulier, rend Ravachols très précieux. Une certaine loufoquerie vocale mêlée à des guitares massives (Les merdeux et son electro-indus mordante et rapide) étaye l’oeuvre des amienois, qui conserve ensuite son impact sur les quatre remix qui complètent ce disque éponyme.

Qu’il s’agisse de Psychic Lolo, qui emmène Psychic oscillator dans les nuages tout en le dotant de saccades bienvenues, ou de Raoul Wolfoni qui “dubise” H2 Guerre de façon efficiente, l’amorce est de belle facture. Puis le G mix de Les merdeux fait de ce dernier un titre aux sons obsessionnels, aux boucles répétées entêtantes que soulignent des grattes sévères.

Enfin, le mix par les Copains de Marche combattante en fait une planerie bizzaroïde addictive, marquée par un rythme discret mais marqué.

Au final, on tient là un objet de valeur, fort de dix titres solides (peut-être, et encore s’agit-il uniquement là de faire la fine bouche, aurait-il été plus judicieux de faire la part plus nette aux créations non-remixées), et un groupe qui malgré son jeune âge du point de vue de l’existence, met à profit le statut de briscard de ses membres, et leurs incontestables capacités d’élaboration, pour signer un opus impeccable et novateur.