69 – Adulte

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Ex-Sloy, ce qui leur vaut d’emblée une louable réputation de géniale anormalité musicale, Armand Gonzalez et Virginie Peitavi ont depuis fait du chemin, sans jamais s’égarer du point de vue de la qualité (Sabo, ou encore Corleone, en sont de belles preuves), et ont récemment formé 69, sortant d’abord un Novorock truffé de tubes froids et mécaniques, somptueux. Non contents de définir un territoire musical original et entièrement personnel, ils bluffèrent par la même occasion les critiques et à l’heure de la sortie d’Adulte, second opus tout aussi décalé, force est de constater que la paire n’a pas, loin s’en faut, dilué son inspiration.

Plus malingre que son prédécesseur, Adulte livre sa pelletée d’hymnes déviants, qui poussent plus loin encore la folie de Sloy et lui donnent d’autres atours. Le genre, indéfinissable comme l’était celui du groupe bitterois, fait appel à de multiples bribes musicales assemblées avec dextérité, et semble se situer du côté d’un post-punk mécanisé ou d’une cold-wave maison diablement singulière.

Il en résulte, dès le No people qui inaugure les débats, entêtant et sobre dans son ornement, une série sans défauts de chansons affolées, bardées de sons dont le duo détient le secret, qui soit se déploient lentement, soit se montrent alertes et, animées par la voix démente d’Armand à laquelle Virginie répond avec une folie similaire, font mouche d’entrée de jeu. Impossible à catégoriser, le style créé distingue 69 et en fait un groupe à part, aux efforts imparables (Faster and faster et ses sons acides qui restent en tête). Une certaine mélancolie parcourt certains passages, légers (Black dare), combinée à des morceaux plus massifs, plus charnus, comme l’excellent Schizophonic, et Adulte trouve un bel équilibre entre les climats qu’exhalent les titres. Collision s’apparenterait même à une complainte psyché bien hallucinée, ornée, à l’instar de bon nombre d’autres, de sonorités encore peu usitées ailleurs.

On s’en régale et le rythmé The con ajoute à l’intérêt de l’album, sonnant comme des B52’s à la démence débridée. Le niveau de Novorock est au moins égalé et March of the enemies, qui arrive dans la foulée, marie cadence appuyée et breaks aux claviers distordus, en s’appuyant sur un panel de sons dont certains, le rapprochement plaidera bien sur en faveur de 69, évoquent les Young Gods.

Il incombe alors à New Order et son electro dérangée de fermer la marche et 69, fort d’un deuxième disque barré et captivant, impose alors de façon définitive sa patte et sa singularité, produisant par là-même un effet diablement bienfaisant sur la scène “rock” du pays et d’ailleurs.