La féérie François and the Atlas Mountains à la Lune des Pirates…

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Spécialiste des belles surprises musicales, souvent audacieuses et peu communes, la Lune des Pirates de la capitale picarde avait placé ce jeudi de mars sous le signe de la pop dépaysante, aussi féérique et raffinée que déviante et trépidante puisque les fantasques François and the Atlas Mountains, précédés par Petit Fantôme qui inclut plusieurs de leurs musiciens, y jouaient.


Petit Fantôme

Interchangeables, tant dans leur composition que dans le jeu de leurs musiciens, qui s’échangent les instruments à loisir, les deux combos ont livré une prestation époustouflante, inaugurée donc par Petit Fantôme qui, avec les morceaux de Yalllah, a donné le ton, envoûtant, d’atmosphères pop (pour la “chatoyance” des morceaux, le terme “pop” ne pouvant, loin s’en faut, suffire à décrire et résumer ce que font les deux groupes) célestes ou plus enlevées, hautement musicales et génératrices de sensations qui vous restent dans la tête et le corps. Les harmonies et la musicalité élargie, dans les genres abordés, du groupe, font mouche et celui-ci instaure quelque chose de nouveau, entrevu peut-être chez Montgomery mais de manière moins large. Difficile à décrire de façon précise, plus facile à vivre et à ressentir, un concert de Petit Fantôme, et à plus forte raison de François and the Atlas Mountains, est un moment précieux et privilégié, entre poésie verbale et sonore et élans plus énervés.


François and The Atlas Mountains

En outre, le jeu de scène démonstratif et agité des intervenants, complètement immergés dans leur création, ajoute à l’intérêt, à l’engouement que génère leur spectacle, sensible, doucereux, parfois génialement expérimental (l’excellence de Caribou, dans ce domaine, sera atteinte à plusieurs reprises sur des morceaux rythmés, obsédants et puissants), et d’autant plus mémorable que chez François and the Atlas Mountains, deux batteurs officient de pair, donnant une cadence irrésistible à l’ensemble. Les plages des deux albums du groupe, variées, prennent ici une envergure sonore et émotionnelle formidable, et transportent dans d’autres contrées physiques et mentales un public gâté. C’est beau, c’est, aussi, considérablement insoumis, sauvage, synthétique et ouvertement organique, inclassable et surtout, c’est l’amalgame, enchanteur, des orientations de ces formations frappées du sceau d’un talent énorme. On danse, avec retenue ou énergie, on ferme les yeux et on se laisse porter par le flux changeant des chansons, puis on les rouvre pour profiter, visuellement, de l’âme et la vigueur que mettent François Marry et ses acolytes dans leur ouvrage.

Formidable, un des coups de coeur les plus éclatants de ce quasi-début de printemps.

Photo William Dumont.