Yann Tiersen – Skyline

0
883
Souvenez-vous de Dust Line, album précédent et tournant décisif dans la carrière de Yann Tiersen, où le breton amorçait un virage post-rock noisy assorti de nappes floues et de saturations évoquant My Bloody Valentine. La recette trouvée et développée y était enchanteresse, assortie d’un génie mélodique certain et d’autant plus crédible qu’elle s’accompagnait d’expérimentations justes et abouties.

Sur Skyline, Tiersen poursuit dans cette voie et on apprécie la démarche, qui lui permet donc de creuser le filon de ce rock étrange et personnel, passionnant, au détriment d’une première période nettement plus conventionnelle. Il réalise la même performance et réussit la performance d’égaler largement la qualité de Dust Line dès l’épais Another shore, à la fois massif, saturé donc, et émaillé de sons plus légers dont l’artiste a le secret. Beauté et sauvagerie maitrisée avancent de concert et se voient ensuite relayées par I’m gonna live anyhow, aux voix singulières, brumeuses et obsédantes, dont les motifs sonores créent eux aussi une forme de dépendance à cet univers qui, selon une méthode différente mais pas si éloignée dans sa texture, fait penser au Loveless de My Bloody Valentine. C’est à la fois beau et tourmenté, pur et plein d’aspérités et l’instant suivant, les saccades de la rythmique de Monuments, son chant pensif, son “We are floating in space” pas si innocent que ça finalement (remember Spiritualized), valident l’orientation de l’ami des Nestorisbianca et la flamboyance de ses créations.

Celles-ci dévoilent ensuite un The gutter enchanteur, bardé lui aussi de sons vaporeux et de voix délicates qui semblent émerger avec peine des entrelacs de sons qu’une guitare noisy vient magnifier. Puis Exit 25 block 20, du même esprit et doté de boucles spatiales déchirées par des assauts soniques déjantés, étale à son tour au grand jour l’immense créativité de notre homme.

Plus dénudé encore, Hesitation wound fait cohabiter voix de chorale et atmosphère sombre, sans rythme reconnu. Ceci avant que l’acoustique orageuse et magnifique de Forgive me, cadencé, porté par les roulements de la batterie et des voix aussi distantes que présentes, n’amène sa contribution à un Skyline de haute volée, auquel il teste à ce moment deux titres pour poursuivre son effet.

C’est donc d’abord un The trial d’abord apaisé, puis plus affirmé, aux sonorités de fond très pures, qui se met en évidence. Enfin, Vanishing point (tiens, l’intitulé évoque, cette fois, Primal Scream) développe lui une trame effacée et pourtant cadencée, jonchée de sons expérimentaux géniaux et ornée par ces chants qui se télescopent dans la douceur et le chaos. Superbe, cette chanson vient mettre un terme à un disque d’autant plus réjouissant qu’il voit Tiersen réitérer et privilégier une démarche éloignée de tout esprit par trop normé. En signant au passage une oeuvre aussi accomplie que le magique Dust Line.