Jeniferever – Silesia

0
1018
Appartenant au label Monotreme, connu pour ses sorties décalées, et venant de Suède, Jeniferever sort son troisième album avec ce Silesia fait d’une pop sensible et soignée. Celle-ci prend des atours plus énervés sur A drink to remember, en les confrontant à un tapis de cordes légères, et les gens d’Uppsala charment d’entrée de jeu sur le long format de Silesia, titre d’ouverture éponyme. On s’y trouve entre pop mélodique et élans new-wave plus sombres, entre rêverie et intensité agrémentée d’accélérations estimables, et la recette prend plutôt bien. Il faut un temps d’assimilation, l’opus se montrant riche et varié dans ses contenus, mais le jeu en vaut la chandelle, comme avec tout disque ne se dévoilant qu’à l’issue d’écoutes répétées.

Waifs & strays distingue de nouveau le quatuor avec sa pop bien apprêtée, aux mélodies pures mais légèrement encanaillées, de discrètes scories shoegaze pimentant le morceau, puis la vivacité de The beat of our own blood, lui aussi décoré par des sons de belle teneur, validera l’impression, forte, laissée par ce trio inaugural.

Jeniferever décline la pop selon plusieurs modes, sans s’effriter ou se disperser, de façon mélodieuse mais jamais sirupeuse, jamais mièvre, et après le A drink to remember arrivant en quatrième position, l’énergie de Deception pass, rageur et électrique en diable, achève de diversifier le champ d’action des Nordiques, tout en réjouissant par ce côté colérique au sein duquel les mélopées magiques du groupe, malmenées, tiennent bon et exhalent toute leur sève.
Cathedral peak et sa finesse agitée prennent ensuite le relais sans marquer le pas, et on se rend compte en cette occasion qu’actuellement, peu de groupes maitrisent le vocabulaire pop-rock avec autant de maestria. Le délicat côtoie l’orageux, les climats se succèdent et se complètent, Where the hills fall towards the ocean et son post-rock fin mais remuant, aux chants allant de pair, ajoutant à la séduction exercée par Silesia.

Dover et son rythme vivifiant, entrainant, fait d’une pop acidulée aux effets définitifs, se montrant lui aussi accompli, avant que Hearths n’englobe, sur près de neuf minutes, toutes les tendances explorées par le quatuor sur ce bel ouvrage, en alliant douceur et puissance, mélopées majestueuses et sons plus crus, avec au bout du compte un neuvième et dernier morceau probant.

Et un album, donc, de choix, produit par un groupe peu connu mais disposant de toute évidence de qualités énormes et savamment réinvesties.