The Apartments – Drift

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On doit au label bordelais Talitres de superbes oeuvres; pour les plus récentes, Stranded horse ou ILikeTrains, notamment, se sont illustrés de fort belle manière.

Au niveau des rééditions, c’est incontestablement le superbe Drift de The Apartments et son leader génial et désabusé, au parcours chaotique, épars et jalonné de réalisations magnifiques, qui constitue la perle made in Talitres et impose la structure de la Place de la Victoire comme l’une des plus méritoires du pays.

Sorti à l’origine en 93, Drift faisait suite à un premier album, The evening visits…and stays for years, écrit dans une usine désaffectée de Brisbane et porteur du de la maestria de Peter Walsh, dont les désillusions servaient de base à l’élaboration d’albums merveilleux.

Merveilleux, merveilleusement exalté, fiévreusement allégorique, Drift l’est et cette ressortie remastérisée, agrémentée de trois inédits, en expose la magnificence avec un éclat nouveau, en même temps qu’elle rend hommage à la formation australienne, dont l’oubli aurait été une véritable honte. Il y a dans cet album, que je rapprocherai, en plus intense, plus émotionnel, du New Wave de Luke Haynes et The Auteurs, une profondeur, un panel de ressentis exceptionnel que The goodbye train, premier morceau jubilatoire, met d’emblée parfaitement en « lumière ». La voix de Walsh, marquée par les épreuves, se mariant pour le meilleur, en s’appuyant sur le pire, à une instrumentation  énervée pour mettre à jour un titre fiévreux, puissant, brut et sensitif, dont la fin acoustique orageuse en fait une pièce de choix . Le ton est donné, l’accroche déjà définitive, et On every corner, fait d’une pop-rock subtile et magnifiée par les voix entrecroisées, vive et superbement patinée, suivi par Mad cow et ses cordes qui précédent une amorce délicate, qui monte ensuite en intensité pour faire prévaloir jusqu’en sa fin cette alternance bien amenée.

A la suite de ce trio d’ouverture de haute volée, Nothing stops it et sa force de frappe rock dont le côté racé se voit accentué par le chant, à la fois révolté et douloureux, de Peter, puis Over et son choix de faire cohabiter rudesse des guitares et envolées mélodiques immenses, avec des accalmies derrière lesquelles point cette « rudesse mélodieuse » caractéristique du groupe, étendent le plaisir de l’écoute jusqu’à son paroxysme. Et Knowing you were loved, fin, le charme des chants associés faisant merveille, précède Places Where the night is long, taillé lui aussi dans cette pop à l’humeur affirmée, classieuse et tumultueuse, dont les atours acoustiques, appuyés par les cordes, font la splendeur de All his stupid friends. Nous en sommes alors au huitième morceau et l’enchantement continue son oeuvre à l’occasion d’un Could i hide here? (a little while) à l’énergie folk-rock cinglante, que la batterie met en valeur, avant une nouvelle pièce unique, What’s left of your nerve.

Apaisée, majestueuse et découpée dans l’étoffe d’une pop ample et élégante, celle-ci met fin avec superbe à l’album originel, annonçant par là même les trois inédits, cadeau de toute beauté, dont nous gratifie la réédition de Drift. Ceux-ci débutent avec You wanna cry STOP (i’m the staying kid), en version démo jouissivement rudimentaire, entre pop, folk et rock sans qu’aucun des trois ne prenne le pas sur les autres, puis Calling on Jean, soutenu et illuminé par des sons de guitare, et de piano, décisifs.

Enfin, c’est la London demo de On every corner, plus à nu que sa version album et tout aussi essentielle (on se rend compte, en cette occasion, qu’un album de versions démo, ajouté à cette réédition, aurait été de toute beauté), qui met un terme définitif à un opus de tout premier ordre, indispensable, dont le désenchantement mis en son atteint les sommets pour ne plus les quitter, et qui traverse le temps sans prendre la moindre ride.