Shipping News – One less heartless to fear

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On ne présente plus Shipping News aux aficionados d’un rock-noise batailleur, massif et percutant. La formation américaine est en place depuis les mid 90’s et a déjà derrière elle nombre de sorties et de prestations scéniques détonnantes, et n’a guère plus de preuves à apporter quant à sa dextérité dans un créneau auquel son apport s’avère considérable. Le groupe a su définir son propre style, dont il sert ici une déclinaison s’inscrivant dans la continuité, mais avec une puissance, et un allant rythmique, accrus.

L’intérêt du rendu n’en est que plus conséquent encore, et Antebellum lance la danse sous l’impulsion d’une section basse-batterie déchainée, annonçant un opus belliqueux et remonté. Les guitares griffent, les voix de Jeff Mueller et Jason Noble déversent leur fiel et la rythmique, donc, tourne à plein régime en tenant la route quel que soit le tempo choisi.
Ainsi This is not an exist, leste, crée t-il un contraste appréciable avec le morceau d’ouverture, sans perdre en force de frappe ni en qualité, loin s’en faut. L’atmosphère, froide, captive, et la succession des ambiances confirme la singularité du style Shipping News. Le groupe fait aussi dans la retenue (l’amorce de (Morays or) demon) pour un résultat non-moins réjouissant, et fait preuve d’une explosivité surprenante dans les ruptures de rythmes et de ton, tout en partant à l’envi dans des accélérations jouissives.

Un morceau comme 7s démontre bien cette démarche, partant d’une intro posée pour ensuite monter en puissance et imposer un tempo saccadé, de même qu’un The delicate braillé, rapide et impossible à endiguer. Le son, à la fois clair et puissant, est en phase avec le contenu, qui sur Axons and dendrites gagne progressivement en intensité et affiche cette vivacité et cette vitalité appréciables. Les ambiances se complètent dans la cohérence, dotant l’oeuvre en présence d’une diversité elle aussi louable et bien rendue par Half a house, lancinant puis porteur d’une envolée qu’on pourrait qualifier de post-rock/noise.

Quant aux deux titres de fin, ils font bien mieux que d’asseoir la valeur de One less heartless to fear, à commencer par Bad eve, fin et remonté, aux sautes d’humeur brèves et bien amenées, dans un brio instrumental dont Shipping News a le secret, à la fois offensif et subtilement exprimé.
Enfin, Do you remember the avenues?, trépidant, enragé et reposant sur un rythme asséné et des grattes aux coups de boutoir salvateurs, ainsi qu’une basse proéminente, met fin à un opus de qualité constante et supérieure, de ceux que l’on risque fort d’écouter sans modération.