This is Pop – White monkeys

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Au hasard de nos investigations, nous dénichons, en certaines occasions, des groupes dont la valeur est telle qu’ils font immédiatement figure d’oiseau rare, de formation précieuse à suivre à la trace. Ce fut dernièrement le cas avec, par exemple, les rouennais de Cristal Palace et les tourangeaux de Finkielkrauts. Insoumis, tutoyant l’excellence par le biais de compos à la hauteur d’influences de haute volée, ces groupes sont légion, pour peu que l’on se donne la peine d’aller les dénicher et qu’on dépasse l’attitude frileuse, en matière de rock, de notre “beau” pays.

C’est cette fois This is Pop, trio parisien auteur d’un premier album fulgurant, qui est mis à l’honneur et d’emblée, on éprouve une vive sympathie pour ces franciliens à la lecture de leur playlist, laquelle inclut, comble du bonheur, le Stutter d’Elastica ou encore du Black Flag et du Minor Threat, mais aussi Cheveu, superbe fleuron made in Born Bad, puis Jay Reatard, Adam Kesher et les Talking Heads. Ensuite, il y a ces dates, en France et ailleurs, en compagnie de combos aussi fiables que Oxbow, Poni Hoax, So So Modern, Adam Kesher, Marvin, Harvey Milk, The Shoes ou Tigerforce.

Fort de ces atouts, This is Pop, à la croisée de Wire, Battant, Suicide, nos indispensables Kas Product et autres grands noms d’un rock souvent cold, tranchant et jamais conventionnel, s’appuie sur ces influences, qu’il surpasse et assimile parfaitement, pour s’attaquer à l’élaboration, en bonne voie à l’écoute de ce White Monkeys magistral, d’un univers individuel. Le résultat est bien évidemment brillant et assez concis pour maintenir un intérêt optimal, qui dès ce Sheitan bref et mordant, accroche l’auditeur pour ne le lâcher qu’aux dernières notes de La chute, ultime titre de l’album. Cette entrée  en matière se hisse à la hauteur du No head de Battant, en plus nerveux, un poil plus mécanique, et introduit les débats de la meilleure des façons, laissant ensuite le champ libre à un Lewis tubesque et imparable. Machines et instrumentation “classique” cohabitent dans l’harmonie la plus totale et les riffs secs d’une guitare décisive, alliés au chant séduisant de Liza Bantegnie et à cette trame électro-cold, forcent le respect tout en incitant à des écoutes répétées, tant l’addiction pointe à chaque seconde des ces dix morceaux sans failles.

Control, sur lequel les claviers, prenants, chahutent avec des riffs une fois encore bien sentis, instaure un tempo plus leste, This is pop s’avérant tout aussi performant dans ce registre plus mesuré. Stylistiquement, il réussit le tour de force d’associer des genres différents pour au final trouver sa voie et imposer sa patte. Et ce n’est pas 666, à l’électro-punk batailleur et ici encore incoercible, qui me fera mentir. Tout est en place et l’allant de Mathieu Chausseron, Sylvain Levene et Liza Bantegni, conjugué à leur maitrise et à un brassage incluant le meilleur de ce que les trois dernières décennies ont pu nous livrer, fait mouche du début à la fin dudit album. C’est donc le cas sur Mandrill, bondissant et saccadé, animé par cette guitare cinglante, adroitement breaké, puis un Whistle aux airs de Gang of Four réactualisé. On succombe à chaque morceau et même Wänx, posé, débarrassé de tout embardée sonore furibarde, tape dans le mille en proposant une dualité voix-guitare plus que probante.

Passé ce superbe “répit”, Light metal, qui m’évoque le meilleur de Wire dans le jeu des guitares et sur lequel on appréciera, comme partout ailleurs , le chant encanaillé de Liza et l’écrin sonore chatoyant, et déviant, dressé par les claviers, amorce la fin d’album sous les meilleurs auspices, les trois comparses se permettant sur le titre suivant, Kill Mll, d’imposer un phrasé presque hip-hop admirablement combiné avec un rythme retenu et des nappes synthétiques remarquables, simples, sans aucun rajout superflu, aux gimmicks ravageurs.

C’est alors à La chute que revient l’honneur de mettre fin à ce festival qu’est White Monkeys, et This is Pop, définit comme dans sa bio comme la rencontre entre Kraftwerk, Ikara Colt et Motorhead, fait honneur à cette appellation en envoyant un rock bourru, froid et toujours judicieux dans son contenu. La synthèse entre les genres et les époques, entre modernité presque passéiste, dans le bon sens du terme, et passéisme passé à la moulinette d’une modernité entièrement assumée, est magistralement mise en son par un groupe déjà au somment en termes de rendu sonore. Et ce White monkeys parfait lui assure de ce fait le statut de leader d’une scène en plein essor, aux côtés des formations citées en début d’article, et faisant honneur aux influences (actuelles ou plus datées) avouées, et digérées, par This is Pop.